Décembre 2007 - Noël au balcon...

Noel 2007

Noël dans l'hémisphère sud n'a pas du tout la même couleur que dans l'hémisphère nord, et pour cause, c'est l'été ! Pimali, notre reporter en herbe à la plume acerbe, nous raconte sa vision de Noël chez les kiwis...

Quelle magnifique opportunité que d'être au bout du monde pour y vivre la période magique de Noël. Ah Noël ! Le froid mordant des petits matins gris, quand l'obscurité le dispute à l'aube naissante… La pluie fine qui souvent se transforme en grésil et parfois, ô joie des petits et des grands, en neige, couvrant d'un moelleux duvet les toitures d'où la cheminée fume chaleureusement…Les vitrines étincelantes des commerces, enguirlandés de vert et de rouge, les Pères Noël aux couleurs festives qui sourient aux enfants devant les magasins, les décorations éblouissantes …
Je m'égare.

Wellington, fin du mois de novembre. Officiellement, l'été commence le 1er décembre. Le jour se lève largement avant moi, continue à se coucher vers neuf heures le soir car sinon ce ne serait pas raisonnable, les Quarantièmes Rugissants sont partis souffler plus loin et le soleil brille ! Les plages de la ville recommencent à être fréquentées le week-end, ce qui permet à l'observatrice nonchalamment vautrée sur le sable de compiler exhaustivement les divers modèles de tatouages en vogue. Les messieurs moustachus abondent, tous unis dans la lutte contre le cancer de la prostate en laissant libre cours à leur pilosité sub-nasale, puisque novembre a été consacré à la plantation des moustaches, qui fleurissent partout, dans un grand mouvement national en vue de récolter des fonds pour cette noble cause.

On achète des maillots de bain, les écoles éditent des notes pressantes aux parents afin qu'ils pensent à équiper leurs rejetons de chapeaux et les tartinent de crème pour lutter cette fois contre le cancer de la peau. Ça sent les vacances !
Alors, et Noël, hein ?

Il a fallut que des membres bien intentionnés de la famille restée en France et en contact direct avec l'atmosphère évoquée plus haut, me préviennent qu'ils envoient des colis en Nouvelle-Zélande pour que je réalise que, bon sang, mais c'est bien sûr ! Noël c'est le 25 décembre ! Personne ne m'avait prévenue…

Les rues de Wellington s’animent, les jeunes filles ont quitté leurs collants noirs coupés aux chevilles sous la robe à fleurs pour ne plus porter que cette dernière, les pieds nus (non, pas dans des sandales, nus pieds, quoi), arborent des lunettes de soleil extra larges (ici, c'est la tendance demi casque de moto, avec des branches) et vont boire leur gobelet de café sur les pelouses.

Partie en chasse pour rapporter une foule d'observations à commenter aux malheureux qui n'ont pas la chance d'être en Nouvelle-Zélande pour les fêtes, je déchante vite !

Seul le grand magasin de centre-ville, Kirkaldie & Stains, a poussé jusqu'à décorer de blanc et de rouge ses vitrines. Il annonce même un marché de Noël dans sa galerie commerçante. Je suis alors la flèche, alléchée par celle indiquant aussi "Café de Noël". En réalité, les deux se confondent. Une fois qu'on a fait le plein de sapins en plastique, de boules dorées classées par taille, d'angelots alignés en rang d'oignons à côté de Pères Noël musicaux, on déchante, et on prend l'habitude de respirer par la bouche, car le fameux café de Noël n'est autre que la cafétéria habituelle avec un panneau en plus. Sa ventilation visiblement montée à l'envers. Remarquons que cela ne gêne alors que moi, le Père Noël de location au rez-de-chaussée fait tranquillement la sieste dans son traîneau, attendant d'hypothétiques marmots qui de toute façon filent à la plage après l'école.

Puis je pars pour Lambton Quay… la grand-rue, quoi. Eh bien, rien, zéro, nada, nitchevo ! Enfin presque. La boutique de Telecom propose des forfaits spéciaux pour l’occasion et fait l'effort de coller quelques images rappelant les fêtes dans sa vitrine. Les magasins de cosmétiques proposent (discrètement) des coffrets-cadeaux de savonnettes, le ruban est gratuit. Empruntez $5000 tout de suite (à 25% !) et offrez-vous une pompe à chaleur sans rien payer maintenant (payez le double en juin prochain).

Déçue de la magie de Noël des magasins, je me lance à interroger des néo-zélandais, des vrais, des qui vivent Noël dans la plus pure tradition. Pour tout kiwi, Noël, c'est essentiellement la réunion de famille autour du sacro-saint barbecue, et pas le 24 au soir, mais plutôt le 25, à midi. Au menu, saucisses, pommes de terre, kumara, côtes de porc, steak, démocratiquement grillés ensemble pendant que les enfants jouent au ballon et que les adultes dégustent la "Sundance Summer ale", bière brassée à Wellington. Parfois, ce sera un "hangi", la cuisine maorie à l'étouffée, pour laquelle il faut se lever à 4h30 afin de creuser le sol et faire chauffer les pierres qui vont cuire viandes et légumes une grande partie de la journée. Dur dur comme matinée de réveillon ! On est loin du foie gras, de la bourriche de Marennes, de la dinde fourrée ou de la bonne bûche à la crème au beurre parsemée de nains et de sapins en plastique.

Décevant, Noël chez les kiwis ? Non, différent, estival, un Noël au soleil, au consumérisme plus discret que celui affiché en Europe mais bien présent, prétexte à des fêtes d'école (pour récolter des sous, l'époque se prête à la générosité) et surtout à des réunions de famille, dont les membres dispersés à travers le pays, voire le monde, se rassemblent une fois l'an autour du barbecue.

Pour la version froide, attendez juillet… et son intéressante création locale, le mid-Christmas, où on peut enfin se goinfrer de dinde farcie, les pieds gelés.

Pimali

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