Février 2003 - Coupe de l'America 2002 / 2003
En février 2003, la Nouvelle-Zélande organisait pour la seconde fois la prestigieuse Coupe de l'America, une course à la voile devenue en 150 ans le troisième événement sportif après les Jeux Olympiques et la Coupe du Monde de Football. Les Frogs n'étaient alors pas en Nouvelle-Zélande en 2000 pour la précédente édition, mais bien là pour celle-ci qui a malheureusement vu la Coupe remportée par les Suisses... skippé par un kiwi, Russel Coutts. Gloups.
Retour sur l'événement en quelques articles.
Le plus vieux trophée sportif du monde !
L'histoire de la Coupe de l'America commence en 1851 au large de Londres, alors que la Grande-Bretagne s'apprête à accueillir la première Exposition Universelle, intitulée « The Great Exhibition of the Works of Industry of All Nations ». A cette occasion, le Royal Yacht Squadron décide d'organiser la « Coupe des Cent Guinées » autour de l'île de Wight. Sûrs de leur domination sur les mers, les Anglais invitent officiellement les Américains à participer aux régates...
C'est ainsi que le New York Yacht Club s'engage dans la course avec une goélette baptisée America, barrée par John Cox Stevens. Le 22 août 1851, à la surprise générale, elle passe la ligne d'arrivée en tête, devant une quinzaine de concurrents britanniques. Quand la reine Victoria, qui assiste à la course, demande : « Qui est le second ? », on lui répond : « Il n’y a pas de second, Majesté ! » Le vainqueur reçoit alors la Coupe des Cent Guinées, une aiguière en argent massif, qui sera rebaptisée America’s Cup. Ainsi commence l’histoire du célèbre trophée, que les nations se disputent toujours, à grand renfort de technologie et d’argent.
(photo : Valkyrie III en 1895, Mariner's Museum)
Plus qu'une victoire sportive, ce trophée symbolise à l'époque l'évolution technologique et l'avènement de l'Amérique face à la vieille Europe.
La Coupe ne reste pas longtemps dans les mains de John Cox Stevens. En 1857, le New York Yacht Club la lui réclame pour la remettre en jeu et en faire l'objet d'un défi nautique perpétuel et international. En 1870, le Britannique James Ashbury relève le défi face à une vingtaine de concurrents américains. C'est ainsi que débute la fabuleuse histoire du plus vieux trophée du monde, une histoire de marins, d'architectes, d'ingénieurs et d'hommes d'affaires.
Devenue aujourd'hui le troisième événement sportif et médiatique après les Jeux Olympiques et la Coupe du Monde de Football, la Coupe de l'America demeure un enjeu national, une vitrine industrielle et sportive pour les pays compétiteurs.
La Coupe Louis Vuitton et la sélection des challengers
En 1983, devant l'afflux des concurrents souhaitant défier le vainqueur de l'édition précédente (appelé le « defender »), Louis Vuitton crée un nouveau trophée, la Coupe Louis Vuitton. Celle-ci voit s'affronter en duels acharnés les défis appelés « challengers », et couronne le vainqueur des éliminatoires qui aura l'honneur de défier le meilleur des « defenders » dans les épreuves de la Coupe de l'America. Ouverte à tous les pays, la Coupe Louis Vuitton est considérée aujourd'hui comme l'une des plus prestigieuses épreuves du yachting international.
Les régates se disputent à Hauraki, dans la baie d'Auckland et débutent le 1er octobre 2002. Le challenger vainqueur de la finale prévue le 21 janvier 2003, aura le droit de défier Team New Zealand pour remporter la fameuse Coupe de l'America. Les régates entre les deux défis auront lieu du 15 février au 1er mars 2003
Le format de la Coupe Louis Vuitton a été modifié par rapport aux éditions précédentes dans le but d'éliminer rapidement les bateaux les moins performants. Ainsi, lors des deux Round Robin (ou "tours" : du 1er au 10 octobre et du 22 au 30 octobre), les neufs challengers rencontrent deux fois chaque adversaire. Chaque équipe court donc 16 fois et une épreuve gagnée rapporte un point. Au terme de ces Round Robin, le syndicat détenant le score le plus faible est évincé de la compétition. Élimination très prompte pour ce dernier qui doit plier bagages après seulement un mois de course !
Les quarts de finale
S'ensuivent les quarts de finale (du 12 au 19 novembre) avec les huit syndicats qualifiés, divisés en deux groupes. Les quatre premiers des Round Robin (Top League) s'affrontent entre eux, de même que les quatre derniers (Bottom League). Le classement à l'issue des Round Robin est donc déterminant. Au terme de ces quarts de finale, le repêchage (du 23 au 30 novembre) permet aux deux perdants de la Top League de rencontrer les deux gagnants de la Bottom League.
Le mécanisme de repêchage
En demi-finale (du 9 au 17 décembre), quatre bateaux sont donc admis à disputer le trophée tant convoité. On les divise à nouveau en deux groupes : les deux gagnants de la Top League s'affrontent entre eux (SF1) de même pour les deux gagnants issus du repêchage (SF2). Une fois de plus le mécanisme de repêchage intervient : le perdant de la SF1 a le droit d'affronter le gagnant de la SF2. En finale de la Coupe Louis Vuitton, deux bateaux s'affrontent : le gagnant de la SF1 et le gagnant du repêchage. Le premier qui totalise cinq régates gagnées aura le droit d'affronter le Defender, Team New Zealand, pour la XXXIe Coupe de l'America qui débute le 15 février 2003.
Les précédentes éditions
Le New York Yacht Club, vainqueur de la Coupe des Cent Guinées en 1851 face aux Britanniques, conserve son trophée pendant 132 ans ! Il s'agit de la plus longue suite de victoires dans l'histoire du sport mondial. Cette réussite entraîne néanmoins de nombreuses controverses, les challengers accusant le Club de leur imposer des règles trop sévères...
Ces derniers ne cessent pourtant de déployer des budgets colossaux et une énergie débordante pour relever le défi de la Coupe de l'America. Le plus acharné est sans doute Sir Thomas Lipton, le célèbre baron irlandais importateur de thé, qui s'engage cinq fois de suite dans la course entre 1899 et 1930, sans succès. Son acharnement lui a néanmoins valu une grande popularité aux Etats-Unis, dont il s'est servi pour promouvoir son thé.
Mais il faut bien qu'un jour la chance tourne pour les Américains. L'événement se passe en 1983, année de la mise en place de la Coupe Louis Vuitton qui vise à sélectionner le meilleur des challengers, pour avoir ensuite le droit de défier le defender.
Australia II, barré par Alan Bond, remporte cette première édition de la Louis Vuitton devant six concurrents. La Coupe de l'America voit alors s'affronter les Américains du New York Yacht Club, avec son célèbre skipper Dennis Conner, et les Australiens du Royal Perth Yacht Club. Après des duels acharnés, tant sur le plan sportif que juridique, Australia II finit par l'emporter 4-3. A la stupéfaction de la nation américaine, le précieux trophée qui avait fini par ne faire qu'un avec le New York Yacht Club, s'envole pour l'Australie où Bond est accueilli en héros.
En 1986, c'est donc au tour de l'Australie d'organiser cette prestigieuse compétition qui attire de plus en plus d'équipes de tous les pays. Treize challengers (américains, britanniques, canadiens, français, italiens et néo-zélandais) débarquent dans le port de Freemantle - à côté de Perth- pour participer à la Louis Vuitton. L'Americain Dennis Conner, « celui par qui la Coupe fut perdue », vient à bout de ses adversaires avec son nouveau syndicat Stars & Stripes représentant le San Diego Yacht Club. La Coupe de l'America voit alors s'affronter à nouveau les deux nations. A l'issue de régates spectaculaires dans l'océan Indien, Stars & Strikes remporte facilement le trophée devant Kiikaburra III, 4-0. Après seulement quatre ans loin de chez elle, la coupe retourne sur le sol américain. Le San Diego Yacht Club conservera le trophée pendant huit ans.
En 1988, deux bateaux seulement s'engagent dans la course à San Diego : le monocoque géant de 37, 50 mètres des Néo-Zélandais face au catamaran de 18, 30 mètres de Dennis Conner. Disputé en trois manches selon le nouveau règlement, il suffit de deux courses pour attester de la domination du multicoque américain Stars & Stripes. Suite à cette édition, les règles de jauge furent ré-étudiées afin de réguler la construction des bateaux. On peut d'ailleurs toujours voir KZ1, le bateau néo-zélandais renommé « Big Boat » en pleine rue piétonne à l'entrée est du village de la Coupe (le Viaduct) à Auckland.
Un nouveau type de bateau, le Class America, est choisi en 1992 pour remplacer les 12-mètres utilisés depuis la Seconde Guerre Mondiale. L'IACC (International America's Cup Class) devient la référence encore utilisée aujourd'hui. La Louis Vuitton à San Diego est remportée cette année là par le challenger italien "Il Moro di Venezia" qui crée la surprise face à "Nippon", "Ville de Paris" et "New-Zealand". Donnés favoris pour la Coupe de l'America, les Italiens menés par Paul Cayard s'inclinent quatre manches à une devant l'"America III" de Bill Koch.
En 1995, pour la seconde fois depuis 1851, l'aiguière d'argent quitte l'Amérique et s'envole pour la Nouvelle-Zélande. Après avoir remporté la Louis Vuitton contre six challengers, « Team New Zealand » bat en effet à plates coutures l'Américain Dennis Conner sur « Young America », 5-0. Sir Peter Blake, Russell Coutts et leur équipe sont accueillis en héros dans les rues d'Auckland, par des Kiwis débordant de fierté à l'idée d'avoir remporté le trophée historique. Cet exploit sportif attire tous les regards vers la Nouvelle-Zélande qui devient alors le plus petit pays organisateur de la Coupe de l'America.
Le trophée tant convoité prend place au Royal New Zealand Yacht Squadron, à Auckland. Pour peu de temps puisqu'en 1997, un malfaiteur s'en empare et l'abîme sérieusement. La Coupe est alors envoyée en Angleterre où le célèbre orfèvre Garrards, créateur de l'aiguière d'argent en 1848, propose de la restaurer. Elle retournera chez les vainqueurs quelques mois plus tard, comme neuve.
En 1999, le nouveau Viaduc d'Auckland accueille dix challengers venant de sept pays à l'occasion de la Louis Vuitton. Avec les nouveaux bateaux de type Class America, les écarts se nivellent et les challengers se livrent des duels indécis et spectaculaires. Ce sont les Italiens de « Prada », du Yacht Club Punta Ala, qui remportent la Coupe à l'arrachée face à « America One » du St Francis Yacht Club. Pour la première fois de son histoire depuis 149 ans, il n'y aura aucun syndicat américain dans la Coupe de l'America. Team New Zealand, soutenu par son public, écrase les Italiens 5 à 0. Sir Peter Blake devient une véritable légende et Auckland se prépare déjà à remettre en jeu le trophée, comme le veut la tradition.
Neuf challengers sont attendus pour la Louis Vuitton qui débute le 1er octobre 2002. Parmi eux deux équipes francophones, les Suisses "Alinghi" barrés par le Kiwi Russell Coutts et les Français Areva. La Grande-Bretagne fait son retour après seize ans d'absence avec le défi "GBR Challenge".
Un defender contre des challengers
La règle est simple : le détenteur actuel de la Coupe relève le défi d'un yacht-club challenger. Le vainqueur de cinq manches a gagné. Il devra à son tour répondre au défi d'un nouveau prétendant. La Coupe de l'America se veut donc un défi nautique perpétuel et international. Supposée être une compétition amicale, elle est rapidement devenue une bataille navale sans merci, qui se déroule avant tout sur le tapis vert..
Remise en jeu normalement tous les trois ans, la Coupe de l'America est organisée par le yacht club détenteur du trophée - cette année pour la seconde fois le Royal New Zealand Yacht Squadron (R.N.Z.Y.S). Dans un premier temps, des régates éliminatoires sont organisées afin de sélectionner le meilleur challenger étranger. Il s'agit de la Coupe Louis Vuitton.
Les équipes engagées dans la Louis Vuitton, appelées « défis » ou « challengers », s'affrontent dans des matchs "un contre un". Le vainqueur gagne son billet pour le duel avec le defender de la Coupe de l'America.
Du côté du pays organisateur, les mêmes règles s'appliquent pour sélectionner le meilleur defender, si plusieurs bateaux veulent s'engager dans la compétition. Ce ne sera pas nécessaire pour cette édition 2003 puisque le Royal New Zealand Yacht Squadron ne présentera qu'un seul defender, Team New Zealand.
Articles de Clémence, Sandrine & Sébastien

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