Février 2003 - Coupe de l'America 2002 / 2003 vue de l'intérieur
Un français à la tactique de Team New Zealand
En participant à la quatrième manche de la finale de la Coupe de l'America 2003 opposant Team New Zealand aux Suisses d'Alinghi, Bertrand Pacé entre dans l'histoire. Jamais Francais n'avait atteint un tel niveau dans cette redoutable compétition, les meilleures performances s'étant cantonnées aux demi-finales de la phase de qualification, devenue Coupe Louis Vuitton
En participant à la quatrième manche de la finale de la Coupe de l'America 2003 opposant Team New Zealand aux Suisses d'Alinghi, Bertrand Pacé entre dans l'histoire. Jamais Francais n'avait atteint un tel niveau dans cette redoutable compétition, les meilleures performances s'étant cantonnées aux demi-finales de la phase de qualification, devenue Coupe Louis Vuitton.
Présent dès 1986 aux côtés de Marc Pajot sur French Kiss, Bertrand Pacé a depuis participé à chacune des campagnes françaises, aux postes de navigateur, de tacticien ou de barreur. Son expérience au sein de 'la cellule arrière' (endroit du bateau où se prennent les décisions stratégiques en fonction de paramètres tactiques et météorologiques) a fait de lui le partenaire d'entraînement privilégié du jeune skipper néo-zélandais Dean Barker, sur qui reposaient jusqu'alors tous les espoirs du pays. En faisant le choix de mettre le Français à la tactique, Team New Zealand espère enrayer l'humiliation que semble vouloir infliger le maître Russel Coutts à son ancien élève. A 41 ans, Bertrand Pacé est en passe d'assumer le plus grand défi de sa déjà longue carrière de compétiteur. A son avantage, une parfaite connaissance du skipper d'Alinghi, qu'il affronte sur les plans d'eau du monde entier depuis plus de 10 ans. Reste que la tache est plus que rude face à une équipe qui affiche tous les signes légitimes de la confiance. Bertrand parviendra-t-il à enrayer la belle machine Coutts et faire mentir les statistiques (Russel n'a jamais perdu une manche de finale de Coupe de l'America depuis 1995) ? S'il réalise l'exploit, nul doute qu'il sera immédiatement élevé au rang de double héros national, chez nos amis kiwis et sur le territoire francais !
Défi français, Interviews
Xavier de Lesquen s'exprime sur la participation de son équipe à cette Coupe. Espoirs et regrets.
Jean-Charles Scale est responsable juridique pour le Défi. Il nous parle de son rôle dans l'équipe
Quel est votre fonction au sein du syndicat Le Défi Areva ?
Xavier de Lesquen : Je m'occupe de tout ce qui touche au partenariat, à l'administration, aux finances, à la communication.
Quelles sont, dans l'ordre d'importance, les raisons qui ont entraîné la « contre-performance » du Défi ?
Tout d'abord, le niveau exceptionnel de la coupe cette année, dû en partie au montant d'argent investi. Lors de la dernière coupe, plus de 50 % des équipes avaient une approche du budget « raccord de bouts de ficelle ».
Cette année nous avons été les derniers à réunir les fonds, nous en avons beaucoup souffert.
Autre raison, nous n'avons pas su retrouver une certaine efficacité.
Quelles leçons avez-vous tiré pour le futur ?
Il faut réunir le budget plus tôt et changer les méthodes de fonctionnement. Par exemple, pour cette coupe, dans le domaine du management social, il y avait un décalage dans la vision du projet entre les dirigeants et l'équipe. De plus, dans tous les secteurs, il y avait un manque d'encadrement. Il faut travailler avec plus de productivité et d'organisation.
Vous vous êtes installé en Nouvelle-Zélande il y a six mois. Qu'appréciez-vous ici ?
L'esprit néo-zélandais. Les Néo-zélandais sont directs, souples, sans contraintes. Ils ont toujours une vision pionnière, ils n'ont pas de limites. Les gens sont bien dans leur peau et font ce qu'ils ont envie de faire.
Ce que vous appréciez moins ?
Je ne vois pas ! Quand on travaille pour la coupe de l'America, on a du mal à voir les défauts. Si je travaillais moins, peut-être que le manque de vie culturelle me gênerait, mais pour l'instant cela ne me nuit pas.
Jean-Charles SCALE , Secrétaire Général et responsable juridique .
Quelle est votre fonction au sein du Défi Areva ?
En tant que responsable juridique, je gère les problèmes juridiques généraux tels que les contrats de travail des personnes employées dans le syndicat, les contrats de sponsoring et le montage de sociétés. Je m'occupe aussi des problèmes juridiques spécifiques à la Coupe de l'America. Plus précisément j'ai suivi les discussions relatives au format de la coupe, et analyse les réclamations faites par un syndicat contre notre équipe.
En tant que secrétaire général, je suis l'interface entre la direction générale et l'ensemble du personnel. Il s'agit de régler les problèmes administratifs et financiers.
Que pensez-vous du nouveau format de la coupe ?
Il ne faut pas éliminer trop tôt les équipes. Cette année, la première équipe disqualifiée n'a couru qu'un Round Robin, c'est-à-dire qu'un tout petit mois. Il faut que chaque équipe courre au moins trois Rounds Robin, ou la moitié de la durée de la compétition.
Quelles sont les raisons qui, selon vous, ont entraîné la « contre-performance » du Défi ?
Tout découle du fait que nous avons obtenu des fonds trop tardivement. Si nous sommes partis avec le plus faible budget de tous les syndicats, c'est surtout son obtention tardive qui nous a gêné.
En France, nous possédons tous les ingrédients pour aller loin dans la compétition, notamment une « design team » très performante.
Vous êtes installé en Nouvelle-Zélande depuis six mois. Qu'appréciez-vous dans ce pays?
Les Néo-zélandais. Ils sont simples, directs, chaleureux, ouverts.
J'ai deux filles âgées de 6 ans et 3 ans, et j'ai trouvé l'école néo-zélandaise extraordinaire. Il y a une volonté de mettre en valeur les élèves. Pour moi la Nouvelle-Zélande est un petit paradis.
Qu'est-ce que vous appréciez moins ?
L'aspect culturel est peut-être un peu limité. Mais cela ne m'a pas gêné car nous avons beaucoup travaillé
Le Viaduct Basin, la marina au coeur de l'America's Cup
En plein centre-ville d'Auckland, l'American Express Viaduct est le lieu incontournable de l'événement sportif.
Suivez les Frogs et découvrez ce quartier aux allures de fête, comme si vous y étiez.
En 1995, les Kiwis remportent la Coupe de l'America et donc le droit d'organiser la prochaine compétition dans leur pays. Auckland, la ville principale, décide alors de transformer un ancien port de pêche en marina afin d'accueillir l'événement. Elle s'appelle aujourd'hui "American Express Viaduct Basin", du nom de son sponsor
En arrivant au Viaduct par l'entrée principale, sur Quay Street, vous tombez nez à nez avec un immense monocoque qui repose hors de son élément naturel. Voici "Big Boat", un des bateaux qui participa à la Coupe de l'America en 1988 sous son nom de scène "KZ1".
Vous venez de pénétrer au coeur de l'un des événements sportifs les plus renommés au monde, qui depuis quelques semaines attire des milliers de touristes et d'Aucklanders.
Les syndicats
Commençons la visite guidée du Viaduct par sa partie ouest. Le long d'une vaste zone d'activité, sur Halsey Street, se succèdent les hangars des dix équipes (appelées "syndicats") engagées dans la compétition, comprenant bureaux, chantiers et boutiques ouvertes au public.
L'accès aux bateaux est cependant interdite. Les Français Areva se situent dans l'ancienne base du Défi allemand, qui s'est retiré de la compétition il y a quelques mois. Reconnaissable à sa couleur jaune fluo, vous ne pourrez pas le manquez !
Chaque syndicat dispose d'une boutique où acheter toutes sortes d'objets aux couleurs des bateaux. Alinghi, le syndicat suisse, propose même un espace interactif où vous pouvez vous mesurer "virtuellement" aux skippers de l'équipe et tester vos connaissances sur la Coupe.
La partie festive du Viaduct
Faites le tour de la marina en empruntant l'avenue réservée aux piétons (ainsi qu'aux vélos des membres des équipes, pratiques pour se déplacer !), et rejoignez les quelques supporters qui chaque matin viennent encourager leur équipe.
Puis dépassez les bateaux de pêche qui continuent leur activité, indifférents aux va-et-vient des monocoques. Vous arrivez alors dans la partie festive du Viaduct, où bars, restaurants et hôtels s'alignent sur 200m, dans une ambiance décontractée et un peu chic.
De là, admirez les superbes yachts de 20, 30, 40m, parfois plus, qui volent la vedette aux Class America. Certains appartiennent aux sponsors des équipes, notamment le mastodonte (73m) du patron d'Oracle qui réside à la sortie de la marina.
Des animations pour tous les publics
Besoin d'informations ? Rendez-vous à l'office de tourisme situé derrière le Big Boat, qui pourra vous renseigner sur les multiples activités de la région et effectuer vos réservations d'hôtels, voitures, attractions etc. à des tarifs souvent préférentiels. Il possède en outre une copie de la fameuse aiguière d'argent, le trophée tant convoité.
Poursuivez ensuite vers les grandes tentes installées pour l'occasion qui proposent diverses activités : improvisez-vous skipper sur un bateau reconstitué qui bouge comme dans les conditions de course ; découvrez l'histoire de l'évolution technologique dans la Coupe de l'America ; apprenez le règlement (simplifié) de la course ou encore exercez-vous à faire des noeuds de marin !
Plus loin, une scène équipée d'un écran géant retransmet les régates et accueille des spectacles tout au long des 5 mois de compétition, jusqu'en mars 2003.
Une petite faim ?
Retournez sur vos pas et installez-vous à la terrasse d'un des restaurants de la marina, dont certaines en hauteur offrent une vue imprenable sur le port et les syndicats.
De là, essayez de deviner la forme du bulbe des quilles des Class America, cachées sous des bâches - confidentialité oblige !
N'hésitez pas à emmener vos enfants, ils se régaleront des spectacles des clowns, danseurs et autres artistes de rue, sans oublier les maquilleurs professionnels qui transformeront leurs frimousses en papillon ou en fleur.
A la tombée de la nuit, prenez un verre entre amis dans l'un des nombreux bars branchés du Viaduct. Mais n'oubliez pas que la consommation d'alcool est interdite sur la voie publique après 18h.
Et maintenant, pourquoi ne pas aller voir la course de plus près, sur l'eau, en embarquant à bord de l'un des bateaux réservés pour l'occasion ?
Dans les coulisses du Défi Areva
Neuf syndicats se disputent la Coupe Louis Vuitton afin d'avoir le droit d'affronter le Defender Team New Zealand, vainqueur de la Coupe de l'America 2000.
Qu'appelle-t-on "syndicat" ? Quelle est sa composition, sa structure interne ? Explications avec le Défi Areva.
"Syndicat" vient du mot anglais syndicate, qui veut dire aussi "équipe". En général, un syndicat regroupe entre 80 et 100 personnes, avec une écrasante domination masculine ! Le français Areva, par exemple, comprend 80 hommes pour 10 filles !
Chaque syndicat a sa propre "base",c'est-à-dire ses bureaux, sur le Viaduc Basin, la principale marina d'Auckland. La structure interne est sensiblement la même d'une équipe à l'autre.
Prenons l'exemple du syndicat français. A sa tête, le directeur général, Xavier de Lesquen, est entouré d'un directeur technique, Luc Gellusseau et d'un directeur sportif, Pierre Mas. Le directeur général a pour mission principale la mise en place du projet, en particulier la recherche de sponsors. Quant au directeur technique, il supervise et coordonne la construction du bateau, assisté d'une équipe de 7 personnes, la "Yaka design team", qui a travaillé pendant deux ans sur le design du bateau : dessin de la coque, du mat, des voiles, etc. Leur objectif principal : améliorer la vitesse du bateau. Ils ont à leur disposition une équipe de techniciens qui se relaient jour et nuit pour réparer les pièces. Un véritable travail de titans !
Entre les deux Round Robin (les deux premiers tours de la Coupe), le safran et les ailettes ont été modifiés.
Pierre Mas, le directeur sportif, recrute les navigants. Il est assisté de deux entraîneurs qui assurent la préparation physique des marins.
La cellule météo a également un rôle indispensable. Dès 7 heures du matin, trois bateaux météo (jusqu'à huit pour les grandes équipes !) sont envoyés dans le golfe d'Hauraki, où se déroulera la régate quelques heures plus tard, afin de rassembler le plus de données possibles : vent, températures de l'air et de l'eau, hygrométrie, etc.
L'équipe du Défi Areva compte également une cellule communication, en charge des relations avec la presse, le grand public et les sponsors. Elle se compose de deux assistantes presse, d'une équipe chargée du site Internet et de responsables photos et vidéo.
Enfin, l'équipe administrative comprend un secrétaire général, des comptables et un avocat.
Auckland en fête pour célébrer la 31e Coupe de l'America
Samedi 28 septembre, Queen Street a pris des airs de fête avec la parade des syndicats engagés dans la Louis Vuitton Cup et la Coupe de l'America. 80 000 personnes se sont rassemblées sur la principale avenue d'Auckland afin d'acclamer les équipes qui défilaient au rythme des fanfares...
La journée type d'un naviguant...
Compte tenu du niveau élevé de la compétition, le rythme de vie des navigants est exigeant. Les jours de course, les sportifs se réveillent à 6h45 puis se retrouvent pour un entraînement sportif qui varie selon chaque équipe...
Course à pied, football pour Alinghi, rugby pour Team New Zealand, ou frisbee pour les Français, dans les nombreux parcs de la ville. Les syndicats les plus fortunés disposent même de leur propre salle de gym.
Après un petit déjeuner riche en sucres lents, les navigants embarquent vers 8h45, direction le Golfe d'Hauraki, où se déroulent les régates. Les Class America quittent la marina d’Auckland, remorqués pendant une heure et demie par des zodiacs sur motorisés (500 chevaux pour certains syndicats). Les équipiers profitent du convoyage pour faire le point sur le futur adversaire ou sur la météo, sans oublier la séance d'échauffement musculaire.
Une fois arrivés sur le plan d'eau, ils commencent à s'entraîner et déterminent quelles voiles ils utiliseront en fonction du vent. A 12h05, le départ de la course est lancé. C'est parti pour 6 allers-retours autour des bouées au vent et sous le vent. La ligne d'arrivée est en moyenne franchie après 2h-2h30 de navigation, tout dépend de la vitesse du vent. Vers 17h, les Class America reprennent donc la route vers le Viaduc Basin.
Une fois arrivés à leur base, les navigants se réunissent pour faire un bilan de la course et parler du futur adversaire. Ils peuvent ensuite dîner sur place à 19h ou rentrer chez eux pour retrouver leur famille et oublier pendant quelques heures la pression de la compétition. Une certitude : ce n'est pas pendant les courses que l'on retrouve les navigants trinquer dans les bars du Viaduct Basin. A 22h, ils dorment déjà tous d'un profond sommeil bien mérité.
Articles réalisés par Yoann, Clémence et Sébastien

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