Janvier 2009 - Vendée Globe, Sébastien Josse à Auckland après son abandon
60 jours après le début de la course et en troisième position, Sébastien Josse a été contraint d’abandonner en plein pacifique, 400 kilomètre au sud de la Nouvelle-Zélande, après qu’une vague ait endommagé le roof et un des safrans. Il a rejoint Auckland hier, le 6 janvier. L’équipe Frogs était là pour l’accueillir.
Ayant été prévenu par Etienne, notre consul honoraire d'Auckland préféré, nous avons pu être là à son arrivée, remorqué par un catamaran envoyé par la Marina d’Auckland et Team New Zealand. Accueilli par une poignée de voileux et amis, sous le soleil d’Auckland, l’open 60 a été amarré aux pontons du Team New Zealand pour être démâté avant réparations, soit en Nouvelle-Zélande, soit en France si un porte container peut assurer le transport dans les semaines qui viennent.
Sébastien Josse nous a accordé une interview et une visite de son bateau le 7 janvier. En voici la substantifique moelle.
Sébastien, merci de nous recevoir. Peux-tu nous raconter ce qui s’est passé ?
C’est une grosse déferlante qui s’est abattue sur le pont. Dans les mers du Sud, les conditions sont quasiment en permanence comme des grosses tempêtes en Bretagne, donc c’est dangereux. C’était la nuit, plus de 100km de vent, normalement le bateau suit le train de houle et les vagues ne nous cassent pas dessus comme ça, mais celle-ci devait être différente et s’est écrasée sur le pont.
Quelles sont les avaries que tu as subit ?
La vague a endommagé le roof, cassé une cloison structurelle et faussée le système de Safran. En gros, c’est comme si le parallélisme de ta voiture était complètement faussé. Le bateau n’est plus manoeuvrable correctement et très ralenti. En plein Pacifique, dans les cinquantièmes hurlants, c’est pas raisonnable de continuer avec un bateau dans cet état !
Tu faisais une route relativement nord, pourquoi ?
Je faisais une course raisonnée, j’essayais de me décaler plus au nord d’une grosse dépression de plus de 500 kilomètres de large et je voulais éviter les glaçons. Il y avait aussi une grosse prise de conscience des autres qui ne voulaient pas prendre de risque, donc tout le monde était assez nord. De plus, l'oragnisation a remonté les portes plus au nord pour cette édition.
Pourquoi choisir la Nouvelle-Zélande pour rejoindre la terre ?
Il faut trouver des ports où il y a du trafic maritime, Auckland et Wellington étaient les plus près. On ne va pas à Papeete ou Vanuatu parce que là-bas on ne peut pas faire grand-chose. Auckland, c’est une ville, c’est l’infrastructure de l’America’s Cup et j’avais quelques contacts locaux, donc le choix fut vite fait.
L’abandon, c’est dur j’imagine, peux-tu nous donner ton sentiment ?
Oui, l’abandon, c’est au moins 3 ans de préparation, une dizaine de personnes qui ont fait des heures de fou et un sponsor derrière, le tout ruiné par une simple vague – entre guillemet – c’est rageant. Mais on n’y peut rien. On s’arrête pas là et on va rebondir.
Quand on est sur un bateau comme ça en course, comment s’organise la vie à bord, on arrive à dormir ?
Ah oui, on arrive à dormir, même si c’est extrêmement bruyant car le bateau est tout en carbone. Le bruit de l’eau, du gréement et des écoutes est assez infernal, mais on arrive à dormir sur des périodes d’une heure à une heure et demi. Dès que les conditions sont stables, on en profite pour se reposer. Paradoxalement, c’est même dans le gros temps qu’on peut plus aller se reposer car on est en voilure plus réduite, le centre de gravité est plus bas, et on n’est pas obligé de faire des réglages fins et attaquer comme dans le temps moyen. Un truc est sûr, c’est qu’il ne faut pas aller au-delà de ses limites car sinon on est sûr de faire des erreurs ou de se blesser. Même s’il y a des études médicales, ça ne remplace pas l’expérience. A force de faire ce genre de navigations, on sait s’organiser et on connaît ses limites.
On a entendu parler de navigateurs qui avaient des hallucinations ?
Ca ce sont les erreurs de débutants, entre guillemets. On a l’impression qu’on est surhumain et qu’on peut se priver de sommeil, alors qu’en fait on va commencer à être plus lent, à avoir des bouffées de stress sur des petites options tactiques. On se rend compte que l’homme a besoin d’une dose de sommeil par 24 heures et il ne peut pas y couper. Au début on résiste, et au bout d’un moment l’organisme il dit stop. Ca commence par des hallucinations, pertes d’équilibres et de lucidité et quand on se relâche, on va dormir 10 heures d’affilée, et on perd tout le bénéfice de la veille.
D'autres, Eliès, Le Cam, ont abandonné, parmi d’autres. Est-ce que cette édition est une hécatombe ?
En fait, ce n’est malheureusement pas une hécatombe, en temps normal il n’y a que 50% des bateaux qui arrivent. La course a des rêgles très strictes, 3 mois de mer sans assistance, dans les conditions les plus fortes, ça sollicite les hommes, les bateaux, et donc il y a pas mal d’abandons. C’est un peu comme le Paris Dakar. Des fois ça passe et des fois ça ne passe pas, ça fait partie de l’histoire du Vendée Globe. A la fois c’est une course et une aventure extraordinaire.
Que penses-tu d’Auckland depuis ton arrivée ?
On voit bien d’abord qu’on est dans le Pacifique, avec la couleur du ciel et de la mer. Chaque mer ou océan a son caractère, son âme et à force de vivre sur l’eau je peux savoir où je suis en regardant l’eau. Quand on arrive dans la baie d’Auckland, on voit toutes les îles, les prairies, la petite plage en bas avec ses quelques maisons, c’est vraiment magnifique. C’est un vrai petit paradis. On verrait bien se poser sa petite maison en bord de mer ici, avec un ponton, et hop ! J’étais déjà venu lors de la Volvo rapidement à Wellington, mais je n’avais pas vu grand-chose.
Tu comptes rester un peu ?
Je pense rester une dizaine de jours le temps de m’occuper du bateau, puis départ pour l’Australie pour faire un peu de bateau là-bas sur des petits bateaux qui me fascinent pas mal - les ‘moth à foils’ - et ensuite je pense revenir un peu faire un tour par ici et notamment assister à la Louis Vuitton Pacific Serie à Auckland.
J’ai l’impression que c’est le paradis de l’outdoor ici. Je ferai aussi bien un tour avec ma copine et nos VTT un de ces quatre, il doit y avoir pas mal d’opportunités de belles sorties.
Et l’accueil kiwi, qu’en as-tu pensé ?
J’avais quelques contacts, et les kiwis ont débloqué tout de suite de gros moyens, un gros catamaran à moteur pour me remorquer et traverser la baie en 2 heures et ils me mettent à disposition la base de Team New Zealand. Dans le monde de la voile, c’est un peu extraordinaire d’avoir les portes ouvertes comme ça !
Quel est ton programme pour la suite ?
Je vais retourner dans le circuit des courses de plus courtes durées, Rolex Cup, Jacques Vabre... J’aimerai bien refaire une Volvo, mais c’est un peu le monde de l’argent maintenant, la course perd son âme à cause de ça et les places sont chères.
Merci pour la visite et pour avoir répondu à nos questions et bon vent pour tes prochaines aventures !
Sébastien
Photos @ Sébastien Michel : Jean de l'équipe avec Sébastien Josse

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