Juin 2005 - Les Chinois de Nouvelle-Zélande, entre Tigres et Bananes
La Nouvelle Zélande est l’une des terres d’accueil privilégiées des Chinois dans le Pacifique. Venus vers la fin du 19e siècle après l’arrivée des premiers colons européens, les Chinois forment aujourd’hui la plus ancienne et la plus grosse communauté asiatique* de l’archipel. Ils représentent 3% de la population néo-zélandaise selon le recensement de 2001.
Jusqu'en 1985, la population chinoise formait un groupe homogène constitué essentiellement de Chinois nés sur le territoire néo-zélandais. A partir de la fin des années 80, l’arrivée de nouveaux migrants de Chine a vu décroître la proportion de Chinois nés en Nouvelle Zélande, estimée aujourd’hui à 25%.
L’ancienne communauté chinoise n’a pas vu d’un très bon œil cette arrivée massive de migrants chinois qui semblaient culturellement différents, moins intégrés, et manifestait envers eux une certaine xénophobie.
Depuis, la communauté chinoise s’est scindée en deux groupes : d’un côté les vieilles générations élevées loin de leur pays d’origine qui ont adopté un mode de vie occidental et de l’autre les nouveaux migrants aux traditions plus ancrées et repliés sur eux-mêmes.
Aujourd’hui, pour la première fois, l’association chinoise de Nouvelle Zélande (New Zealand Chinese Association, NZCA) organise une conférence le 4 et 5 juin à AUT (Auckland University of Technology) qui a pour objectif de rassembler tous les groupes de la communauté chinoise.
Cette conférence, sous forme de débat, a pour titre Crouching Tiger, Hidden Banana en référence au célèbre film chinois (Tigres et Dragons en français). « Nous avons choisi ce titre car il reflète parfaitement le sentiment conflictuel des Chinois de Nouvelle Zélande », explique Alistair Kwun, directeur de la communication et figure proéminente de la communauté chinoise. « Nous voulions un titre qui interpelle les deux groupes de notre communauté ».
Les Chinois nés en Nouvelle Zélande se nomment ironiquement « bananes », blanc de l’intérieur et jaune de l’extérieur – leur éducation étant « blanche » et leur peau de couleur « jaune ». Malgré un mode de vie occidental, nombre d’entre eux ne se sentent pas complètement intégrés dans la société néo-zélandaise du fait de leur origine.
« Ils sont incertains de leur place dans la société néo-zélandaise, commente Alistair Kwun. Certains d’entre eux ne parlent même plus le chinois. Ils ont perdu l’usage de leur langue maternelle, par conséquent leur culture. Puisque sans la langue, il est difficile de comprendre la culture. Les jeunes, particulièrement, cherchent aujourd’hui à renouer avec leur passé, à retrouver leur racine, ajoute-t-il. Notre but est donc de renforcer les relations entre les différents groupes et construire l’avenir ensemble ».
Cette conférence s’adresse également à toutes les communautés qui souhaitent débattre des questions d’identités culturelles. “Nous souhaitons engager un dialogue avec tous les membres des différents groupes ethniques de Nouvelle Zélande : Indiens, Coréens, Polynésiens, Maori, Européens, etc…, indique Alistair Kwun. Nous ne pourrons construire le future que si nous apprécions et comprenons les différences culturelles de chacun. Nous voulons également changer les stéréotypes et la vision négative sur notre communauté fréquemment peinte dans la presse », souligne-t-il.
Parmi les thèmes de cette conférence: l’histoire des Chinois en Nouvelle Zélande, la place et le rôle de la communauté chinoise en Nouvelle Zélande, les identités multiples, les mariages interraciaux, etc…
Des représentants du gouvernement, des professeurs d’université ainsi que des membres des différentes communautés seront présents.
Pour plus d’information sur cette conférence, visitez le site : www.goingbananas.org.nz.
Khadija

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