Le film « Le Hobbit » sera (finalement) tourné en Nouvelle-Zélande

Couverture du livre The Hobbit

Après des semaines d’incertitudes, John Key et son gouvernement viennent de signer un accord définitif avec le géant du film américain Warner Bros pour garder en Nouvelle-Zélande la production d’un autre grand classique de la littérature moyenâgeux fantastique de J.R.R. Tolkien. Après le Seigneur des Anneaux, « The Hobbit » repart pour d'autres aventures au Pays du Long Nuage Blanc.

Tout débute en 2009, lorsque Warner Bros choisit Sir Peter Jackson pour continuer l’œuvre monumentale commencée au début du millénaire avec la trilogie du Seigneur des Anneaux. Un succès planétaire qui avait alors rapporté onze oscars et des retours sur investissements colossaux, puisqu’à lui seul le premier volet avait déjà remboursé l’ensemble de la production (US$300M). Le film avait aussi permis une mise en avant sans précédent des paysages de Nouvelle-Zélande, bénéfique au secteur touristique.

Mais la romance entre les géants du divertissement américain et la Nouvelle-Zélande ne sera pas sans accrocs cette fois-ci…

La production a déjà commencée depuis plusieurs mois, les décors sont en création et une foule de techniciens s’affairent aux préparatifs, lorsque les acteurs réunis en syndicat contestent les conditions salariales et les prises en charges de tournage. Emmenés par plusieurs acteurs australiens habitués à de meilleurs conditions et par la voix de deux actrices reconnues de Nouvelle-Zélande, Robyn Malcolm et Jennifer Ward-Leyland, le syndicat menace de boycoter les tournages si la production ne revient pas à la table des négociations.

Un ultimatum qui déplaît bien entendu au géant américain, habitué à ce qu’on lui déroule plutôt le tapis rouge dans ce qu’il considère comme un pays docile, source d’économies financières importantes !  Dans la plus pure tradition capitalistique, Warner Bros, n’ayant aucune envie de négocier avec de vils elfes, nains et trolls d’un minuscule territoire du Pacifique, menace donc de transférer la production dans un autre petit pays, plus docile et proposant des conditions économiques avantageuses… en Europe de l’est.

Pendant toutes ces semaines, la une des média de Nouvelle-Zélande est monopolisé par le sujet. Les réactions sont nombreuses, partagées entre l’appui au mouvement des acteurs contre le grand capitalisme et la peur de perdre une telle manne pour le pays. A chaque jour son lot de rumeurs, partira, partira pas ? Le syndicat des acteurs et leurs représentants iront jusqu'a recevoir menaces (dont des menaces de mort) et injures par lettres et par téléphone d'individus rendus furieux par l'action collective...

La tension est à son comble lorsque John Key rejoint le combat, propose une négociation et un engagement législatif dans le domaine des travailleurs du spectacle. Après deux jours d’intenses tractations, Warner ressort satisfait des concessions faites par le chef du pays des hobbits, elfes et autres trolls. La Nouvelle-Zélande consentira donc 34 millions de dollars de déductions fiscales supplémentaires, 10 millions d’aides marketing et d’autres avantages financiers soumis au secret qui devraient, l’un dans l’autre, coûter 100 millions de dollars au contribuable néo-zélandais. John Key et son gouvernement se félicitent de garder ainsi une production estimée à 670 millions de dollars en Nouvelle-Zélande pour les deux épisodes qui devraient être tournées, là où d’autres pays auraient offerts, selon lui, des conditions bien plus séduisantes. L’accord prévoit aussi que les DVD et autres produits dérivés numériques contiennent des publicités sur la destination touristique Nouvelle-Zélande et que les Premières des films soient tenues au pays. En complément, le gouvernement s’engagera à légiférer au plus vite sur les statuts des travailleurs indépendants du spectacle (contractors) et des acteurs en Nouvelle-Zélande, jusque-là encadrés par le droit général.

Si les actrices du syndicat applaudissent à l’idée de garder le film en Nouvelle-Zélande, l’amertume n’est jamais loin. Les demandes faites auront généralement été enterrées et le status quo maintenu face au pouvoir des grands financiers américains. Les partis politiques sont bien entendus aussi divisés, satisfaction sans retenue à droite (National et Act) alors que la gauche (Labour) et les verts (Green) s’indigent de la faiblesse du gouvernement face aux demandes d’une multinationale étrangère.

Le pragmatisme, moto du gouvernement actuel, fera dire à John Key « C’est une réalité commerciale. Sans changement de législation, ces films n’auraient pas été faits en Nouvelle-Zélande ».

L’avenir dira si ce troc bénéficiera autant à la société civile néo-zélandaise…

Sébastien

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