Le parti National remporte les élections générales

john key victorieux

Les Néo-Zélandais ont fait le choix de la continuité lors des élections générales qui se sont déroulées samedi 26 novembre dans tout le pays. Ils ont donné la victoire au parti National (centre-droit) de John Key, chef du précédent gouvernement. Il l’emporte avec 48% des suffrages, loin devant son principal adversaire, le parti travailliste (Labour) de Phil Goff, qui enregistre une cuisante défaite avec 27% des votes contre 34% en 2008. 

Le National améliore même son score de 2008, où il avait remporté 45% des suffrages. Un score dû notamment à la grande popularité de John Key. Son omniprésence dans les médias et son soutien auprès des victimes du tremblement de terre de Christchurch de février ont payé. Tout autant que son programme destiné à offrir à la Nouvelle-Zélande, selon son slogan, « un avenir plus prometteur ». Il promet notamment de réduire de moitié le déficit budgétaire du pays dès l’année prochaine, de mettre l’accent sur l’éducation en investissant dans les infrastructures scolaires, de créer un salaire ‘réduit’ pour les jeunes en début de carrière, d’entamer une révision de l’aide sociale, de diminuer la dépense publique en agissant sur les effectifs, de réviser les procédures pour l’exploration pétrolière et enfin, un sujet très polémique entre tous, autoriser la vente partielle d’actifs de quatre compagnies nationales du secteur de l’énergie…  Cette dernière promesse fut au cœur des débats de la campagne, notamment entre les deux partis majoritaires, ainsi que dans la presse nationale. John Key, malgré que la mesure soit impopulaire auprès de 75% de la population selon certain sondages, entend vendre une partie des infrastructures énergétiques construites par les gouvernements successifs (barrages hydroélectriques, compagnies d'électricité...). Tout en gardant une majorité de contrôle à 51%, le but avoué est de dégager de 5 à 7 milliards de dollars de trésorerie afin investir dans d’autres infrastructures (écoles, irrigation…). Une politique frappée d’hérésie par certains autres partis (Labour, Green, Maori) qui déplorent le danger de fuite des intérêts nationaux dans les mains étrangères ainsi que la perte de revenus sur le long terme, jusqu’alors  générés naturellement par ces fleurons nationaux. 

Si celui-ci est sûr de s’asseoir à nouveau dans le fauteuil de Premier ministre, son parti ne peut néanmoins envisager de gouverner seul. En effet, avec 60 élus sur les 122* parlementaires que compte la Chambre de représentants, le National n’obtient pas la majorité. Il lui faut, comme pour la précédente mandature, rechercher des alliances pour former un gouvernement de coalition. Alliances qu’il devrait trouver auprès du parti libéral Act et des Chrétiens-démocrates de United Future. Chacun d’eux ayant remporté un siège au parlement. Un résultat médiocre pour Act qui perd quatre parlementaires par rapport à 2008, mais son leader et ex-maire d’Auckland John Banks, espère trouver une place dans ce  gouvernement.  Les tractations sont actuellement en cours pour définir le portefeuille qui pourrait lui être alloué.

Le National entend aussi se tourner vers son ancien allié, le parti Maori, pour obtenir une nouvelle fois son soutien, même si John Key a estimé qu’il n’avait pas besoin d’eux, Act et United Future étant suffisant pour former une majorité. « Ce qui m’intéresse, c’est de m’asseoir avec les co-leaders du Maori Party et de discuter avec eux de l’avenir de notre relation, ce que nous avons à y gagner et les changements tangibles que nous pouvons  atteindre »,  a déclaré le Premier ministre aux journalistes de TVNZ. De son côté le parti maori a réaffirmé qu’il s’opposait toujours à la vente des actifs des entreprises nationales. Le Parti Maori qui perd deux sièges par rapport à 2008. L’un d’eux profitant  à Hone Harawira,  leader de Mana, un parti dissident formé durant l’année 2011 (voir article …). 

Du côté de l’opposition,  le Labour compte ses pertes. Son programme tablant sur une opposition à la privatisation partielle des entreprises énergétiques nationales, la mise en place d’un nouveau système de taxation sur le capital et l’accroissement du revenu minimum de $13 à $15 par heure n’a pas su séduire. Avec 9 parlementaires de moins, (34 contre 43 en 2008), il reconnaît la défaite. « Ce n’était pas notre heure», a déclaré Phil Goff à l’annonce des résultats. Celui-ci décidant depuis d’abandonner la direction du parti. Elle devrait en toute vraisemblance revenir à son économiste en chef David Cunliffe, qui devra prouver plus de charisme que M Goff, ancien ministre des Affaires Etrangères de 1999 à 2005, qui a pourtant fait une campagne honorable largement reconnue.  

Une partie des électeurs qui se sont détournés du Labour a probablement donné son vote à la désormais troisième force politique du pays, le Green Party. Pendant toute la durée de la campagne électorale, les sondages d’opinion laissaient présager une montée en puissance des Verts. Elle s’est concrétisée par un classement du parti en 3e position avec 10, 6% des suffrages et l’entrée à la Chambre des représentants de 13 parlementaires contre neuf en 2008. Un résultat qui semble démontrer que le message des Verts – nettoyage des rivières, éducation des enfants et création d’emplois consécutive à l’adoption d’une politique environnementale – a trouvé écho auprès des Kiwis. Russel Norman, co-leader du parti qualifiait d’«historique» samedi soir, cette performance. « C’est la première fois qu’un parti arrivé en 3e position des élections dépasse les 10% », s’est-il réjoui. D’autres leaders prédisant quant à eux que le Green party  deviendrait un grand parti dans les années à venir. Le parti attend de rencontrer John Key pour savoir de quelle manière des éléments de leur programme pourraient être pris en compte dans la politique que le Premier ministre compte développer dans les trois prochaines années.

Mais la réelle surprise de cette élection est apportée par le retour fracassant du parti populiste New Zealand First sur la scène politique. Complètement absent de la précédente mandature, le parti de Winston Peters qui défend entre autre une politique anti-immigration et s’oppose à la privatisation des entreprises nationales compte désormais huit parlementaires. Winston Peters entend désormais devenir un membre actif de l’opposition.

La composition du gouvernement pourrait être annoncée vendredi et de nombreux observateurs économiques, notamment Bernard Hickey chroniqueur régulier du New Zealand Herald et animateur du site internet interest.co.nz,  lui prédisent déjà des jours difficiles. En cause la situation économique du pays dont le déficit a atteint des records cette année, et le départ des forces vives du pays vers l’Australie qui affiche une résistance exceptionnelle à la crise économique. Ces observateurs  encouragent les politiques a regarder plus attentivement du côté du Vieux continent où de nombreux pays de la zone Euro aujourd’hui au bord de la faillite (Grèce, Espagne ou Italie) présentaient le même profil que la Nouvelle Zélande aujourd’hui : déficit élevé, endettement record qui conduisent à un ralentissement de l’économie et une augmentation du taux de chômage. 

Parallèlement à ces élections qui se déroulent tous les trois ans, les Kiwis étaient  appelés à se prononcer sur le mode de scrutin pour les prochaines élections générales. Les premiers résultats montrent que 54% des électeurs ont choisi de conserver le système de représentation à la proportionnelle mixte qui permet actuellement de désigner les 122 parlementaires, en un seul tour. C’est à dire qu’un représentant est élu pour chaque circonscription électorale - La Nouvelle Zélande est divisée en 63 circonscriptions électorales auxquelles s’ajoutent sept circonscriptions maories -, et les autres sont élus selon les listes préalablement constituées par les partis politiques, la répartition par parti étant définie par le total des votes comptabilisés par rapport au nombre total de parlementaires. Concrètement lorsqu’un Néo-Zélandais se prononce pour les élections générales, il vote deux fois : une fois pour le candidat qui représentera sa circonscription (le vainqueur est celui qui remporte le plus de voix) et une seconde fois pour le parti qui a sa préférence au niveau national. Pour qu’un parti siège à la Chambre des représentants il doit obtenir 5% des suffrages au niveau national ou avoir au moins un représentant élu. 

Une élection qui a moins mobilisé les Kiwis plus prompts d'habitude à se rendre aux urnes avec un taux de participation de 73,83% contre 79,46% en 2008.

Valérie Goulan 

*A noter que pour la circonscription de Christchurch centre, les candidats du National et du Labour sont arrivés à égalité. Une vérification des résultats est en cours afin de déterminer le nom du prochain parlementaire de cette zone.

Résultats primaires des Elections générales 2011   (Les résultats définitifs approuvés par la commission électorale seront communiqués le 10 décembre. Ils incluront aussi les résultats du référendum, la circonscription de Christchurch centre et le vote des Néo-Zélandais de l’étranger – Sources : Elections New Zealand)

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