Tragédie minière de Pike River : un peuple solidaire

Julien - Ross - West Coast

Les Néo-Zélandais ont donné sept millions de dollars aux familles des 29 mineurs tués par un coup de grisou dans la mine de charbon de Pike River, près de Greymouth sur la côte ouest de l’île du sud, le 24 novembre dernier. Un élan de solidarité énorme qui ne s'est pas limité à des dons en argent, mais à des élans de bénévolat et d'aide en nature, preuve que l'esprit communautaire reste fort en Nouvelle-Zélande.

La tragédie avait commencé cinq jours plus tôt lorsqu’un premier coup de grisou avait eu lieu dans la mine. 29 mineurs, dont un âgé de seulement 17 ans, se trouvaient à environ deux kilomètres de l’entrée et 160 mètres de profondeur quand l’explosion s’est produite. Bien que sans nouvelle des mineurs, les secours et les familles voulaient croire que les hommes étaient encore en vie. Surtout que la récente aventure des 33 mineurs chiliens, tous sauvés après 69 jours sous la terre, était encore fraîche dans toutes les mémoires.

Mais la situation à Pike River était différente de celle du Chili. En effet, en raison de la forte teneur en gaz explosifs présents dans la mine néo-zélandaise après l’explosion, la police qui dirigeait les opérations de secours a refusé d’envoyer les sauveteurs sous terre par crainte d’une nouvelle explosion et de peur de risquer de nouvelles vies humaine. Et les autorités soutenues par le gouvernement et le Premier ministre John Key sont toujours restés inflexibles sur cette décision, malgré la frustration des familles qui au fil des jours s’est transformée en colère. Hélas, la seconde explosion du 24 novembre a confirmé la sagesse de cette décision tout en sonnant le glas des espoirs de retrouver vivants les 29 mineurs.

« C’est une tragédie nationale et la nation est en deuil » a déclaré le soir du 24 novembre John Key, au cours d’une conférence de presse.

« Je ne peux pas y croire. C'est la page la plus sombre de l'histoire de la West Coast  », a ajouté le maire de Greymouth comté, Tony Kokshoorn.

Les disparus, âgés de 17 à 62 ans, comptaient 24 Neo-Zélandais, deux Australiens, deux Britanniques et un Sud-Africain. Après la première explosion, deux mineurs, légèrement blessés, étaient parvenus à revenir à la surface.

Le patron de la mine, Peter Whitall qui a annoncé la nouvelle aux familles, avait également déclaré qu’il souhaitait ramener à la surface les corps de leurs proches. Mais depuis cette déclaration, il s’est produit encore trois nouvelles explosions à Pike River, et à ce jour, malgré la mise en œuvre de gros moyens techniques, la situation est toujours la même dans la mine, la chaleur extrême et les risques d’explosion trop grands pour autoriser les sauveteurs à aller chercher les corps des victimes.

Près de onze mille personnes, dont le Premier ministre John Key et le Gouverneur général du pays, s’étaient rendus à Greymouth le 2 décembre, pour rendre hommage aux 29 mineurs.

Les drapeaux du Parlement néo-zélandais, mais aussi ceux des Parlements britannique, australien et sud-africain ont été mis en berne ce jour là.
Deux minutes de silence ont été observées en Nouvelle-Zélande. « La scène sur laquelle je me tiens aujourd’hui est trop petite pour exprimer le profond soutien des quatre millions de Néo-Zélandais qui sont derrière vous aujourd’hui et vous adresse leurs plus sincères condoléances », a déclaré John Key aux familles des victimes.

Le Premier ministre a été suivi à la tribune par le gouverneur général de Nouvelle-Zélande Sir Anand Satyanand qui a lu des messages de sympathie de la Reine Elizabeth d’Angleterre et des Princes Charles et William.

« Toute la région est touchée par cette tragédie, a déclaré Sir Anand. Ces hommes étaient les pères, les fils, les amis ou les collègues de gens d’ici. Leur disparition laisse une blessure qui mettra longtemps à guérir. »

De nombreux ministres du gouvernement et des membres du Parlement de la majorité et de l’opposition étaient également présents à la cérémonie ainsi que les maires des plus grandes villes du pays.

Parmi les tragédies minières passées du pays, on compte 19 morts en 1967 et 65 en 1896.

Jérôme Gavelle

(Illustration : mineurs au musée de Ross, West Coast)