Un nouveau parti maori vient secouer l'échiquier politique

Hone Harawira

Ecarts de langage, perte financière,… reconnus officiellement depuis quatre mois seulement, le parti Mana (Prestige en maori) et son leader font déjà beaucoup parler d’eux. A la veille des élections parlementaires qui se dérouleront en Nouvelle-Zélande le 26 novembre prochain, le désormais direct concurrent du parti Maori semble bousculer la vie politique néo-zélandaise. Qui est ce nouveau leader ? De quels intérêts le parti Mana se fait-il le porte-parole ??...

« Tama tu tama ora, tama noho tama mate », « ceux qui se battent pour survivre doivent vivre, ceux qui attendent sans rien faire doivent mourir ». Tirée du groupe d’activistes maoris Nga Tamatoa (les guerriers) opérant dans les années 70, la devise du nouveau parti Mana correspond bien au tempérament de son leader. Appelé par ses partisans « parti du peuple », cette nouvelle formation politique rassemblée autour de Hone Harawira, se veut une formation qui défend les intérêts du peuple Maori et une opposition frontale à la politique du gouvernement de John Key. Officiellement reconnu le 30 avril dernier, le parti s’est placé dès son origine en adversaire du parti Maori dont les principaux leaders dans la circonscription du Northland (Te Tai Tokerau), M. Tipene et M. Bird, seraient « trop vieux et fades pour faire de la politique », selon Hone Harawira. « Je ne pense pas que les 4 retraités qui sont à la tête du parti Maori aient les moyens de diriger une jeune nation en effervescence », lançait l’homme politique il y a peu de temps.

Connu comme le « rebelle » de la politique alors qu’il était encore au parti Maori, ce n’est pas la première fois que Hone Harawira dérape. Et ce style politique semble partagé chez les Harawira. Sa mère, l’activiste, Titewhai Harawira, avait elle-même récemment perturbé une réunion des représentants du parti Maori lors d’une réunion en février dernier. Elle les avait alors qualifiés de « menteurs » et de « serpents », criant, chantant pour couvrir les discours des intervenants. Ce sont également les cousins de Harawira, John Junior Popata et Wikatana Popata, qui apostrophèrent le premier ministre John Key en 2009, agression à laquelle Harawira avait implicitement donné son appui. Dernièrement, l’homme politique avait été critiqué suite à sa disparition d’un meeting prévu dans la capitale européenne pour avoir préféré visiter la capitale française avec sa femme. Il répondra alors à un email le critiquant à ce sujet, que ces « put** de blancs » ne devraient pas attendre de lui qu’il respecte « leurs règles puritaines ». « Ces put*** de blancs ont violé nos terres et nous ont tout pris pendant des décennies » avait-il poursuivi dans cette même conversation.

Dans la même veine, il déclare en mai dernier lors d’une interview sur la chaîne Maori que Ben Laden est « un homme qui s’est battu pour les droits, la terre et la liberté de son peuple » et que « les gens devrait pleurer la perte d’un homme se battant pour la liberté plutôt que de la condamner ». Une remarque qui avait été vivement critiquée sur la forme bien sûr, mais aussi sur le fond, puisque ben Laden étant né saoudien et mort au Pakistan, il ne s’est donc jamais battu pour son peuple .

Après de multiples désaccords publics, Hone Harawira quitte le parti Maori le 23 février et perd de ce fait son siège au parlement néo-zélandais. Des élections partielles sont alors organisées en juin pour la circonscription du Northland (Te Tai Tokerau). Le parti Maori lui reproche ces élections qui auraient coûté 500 000 dollars aux contribuables, six mois seulement avant les élections générales. Contre toute attente, il rafle le siège avec 6 065 voix, dépassant de loin les 1 087 voix du parti Maori.

Ces positions extrêmes sont à mettre en perspective avec la dernière campagne récemment lancée par le parti de droite ACT, dont la direction a été depuis peu arrachée suite à une véritable OPA du ‘Pakeha’ (néo-zélandais d’origine européenne) Don Brash. Cette campagne, publiée sous forme d’une publicité parue dans les journaux, exprime son ras le bol quand aux « radicaux maoris » et critique plus généralement les avantages réservés aux maoris dans la société néo-zélandaise.
Des positions opposées qui s’alimentent, font s’accroître les ressentiments et ainsi la montée de dirigeants populistes.

Les montagnes russes des relations entre Hone Harawira et les dirigeants du parti Maori, Pita Sharple et Tariana Turia, actuellement alliés au parti National au pouvoir, ne semblent pas prêtes de se terminer. Tout récemment, Hone Harawira promet de maitriser ses sautes d’humeurs et de mettre un peu d’eau dans le vin de son intransigeance sur le sujet de la propriété de la zone intertidale notamment (New Zealand foreshore and seabed, zone découverte par les marées que les maoris revendiquent), depuis longtemps source de discussions sans issues entre le peuple maori et la couronne. De ces discussions dépendent les intérêts du peuple Maori en général aux prochaines élections de novembre, date à laquelle la Nouvelle-Zélande devra décider de la composition de son 50ème parlement.

Alors qu’il devait prêter serment jeudi 14 juillet pour son retour au parlement, Hone Harawira reprend la provocation et défit les lois de l’institution en déclamant sa propre version du serment en langue Maori où il prête allégeance au traité de Waitangi et non à la couronne britannique… Une déclaration d’hostilité toute à fait du goût de ses partisans, beaucoup moins de la majorité des parlementaires, représentants maoris inclus. Voir la vidéo ->>

Les élections prochaines s’annoncent chaudes !

Géraldine Clermont

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