Vivre loin, mythes et réalité
Est-ce qu’après un certain nombre d’années, un Frog au pays du long nuage blanc, comme le moa, est voué à l’extinction ?
Qu’en est-il de l’intégration de l’émigrant à long terme, voilà ma question. A quel moment se fond-on dans la culture qui nous entoure ? A quel moment perdons-nous de notre identité et en adoptons-nous une autre ? A quel moment notre propre passé et culture nous manquent-ils ?
Je pense qu’à partir du moment où on arrive à regarder une série de Outrageous Fortune , que l’on suis Campbell Live tous les soirs et que l’on finit ses phrases par “Mate”, que l’on cuisine un jambon braisé au barbecue pour le repas de Noël, que l’on a des bottes en caoutchouc devant la porte d’entrée et que l’on sort la couverture chauffante le week-end de Pâques parce que la charmante et non moins «frig-horrifique» villa n’a pas d’isolation… on est un agent à double identité.
Ma question est la suivante : vous rêvez de vivre en Nouvelle-Zélande ou simplement rêvez de prolonger votre séjour ; êtes vous prêt à faire des concessions et mettre de côté une part de vous ? Etes-vous prêt à voir votre famille et vos amis, au meilleur des cas, une fois par an ? Etes-vous prêt a manquer les mariages, naissances mais aussi funérailles ? Etes-vous prêt à ne pas regarder Babar et Barbatruc avec vos enfants ? Etes-vous prêt a ne pas partager des souvenirs communs à tous les Français comme cette fameuse nuit de juillet 1998 où la France entière était dans la rue ? Etes-vous prêt pour les Noëls en été ? Etes-vous prêt à ce que vos enfants vous parlent en anglais et qu’un jour ils vous demandent de visiter votre pays (parce que bien sûr, ils n’estiment pas que c’est aussi le leur) ?
Voyager attire tout le monde, s’installer et vivre à long terme dans un pays étranger est une autre histoire, surtout lorsqu’il est aussi loin de nos racines… rien à voir avec une vie a Londres, où vous pouvez traverser la manche en 1 heure ou un VVT d’un an en Nouvelle-Zélande pour ensuite rentrer en France. L’important n’est pas de savoir si vous allez pouvoir transformer votre VVT en « work-visa » ou en « residency »… l’important est de savoir si vous êtes prêt à faire une sorte de « rupture » avec vous-même.
Bien sûr lorsque l’on vient à deux (en couple), il n’y pas ce manque à la maison et on garde certainement une part plus grande de cette France qui nous a fait. Mais même si à la maison vous parlez français, cuisinez français, refusez d’avoir un « pie » pour seul repas du midi et refusez aussi de décentraliser votre cuisine autour du barbecue sur le deck, même si vous lisez encore des livres en français comme “La première gorgée de Bière” de Delerm… ce ne sera plus que des plaisirs solitaires que vous ne partagerez pas et qu’avec le temps vous abandonnerez.
Qu’en est-il des couples “mixtes”…les amis, les membres de la famille Kiwie, personne ne comprendra que le plus marrant dans les carambars c’est d’essayer de lire la blague de l’emballage avec le caramel qui colle aux dents ? Qui comprendra à quel point vous êtes dépaysé, assis sur le sable d’une plage déserte de Nouvelle-Zélande alors que vous avez été habitué à avoir un mètre carré par personne et par serviette, que l’odeur des plages en France c’est chouchou et crème solaire à la noix de coco et que l’on n’entend pas les vagues parce que la radio du voisin hurle Karen Cheryl ! Qui partagera vos souvenirs d’Eddy et de sa « dernière séance » qui vous a fait grandir à dose de péplum, western et autres films des années 60 ? Qui se languira avec vous des jours de marché avec son lot de religieuses au chocolat, de chèvre frais et de JDD sous le bras ? Comment allez-vous expliquer l’expression “sous les pavés, la plage” que déjà vous n’avez pas utilisé ni entendu depuis longtemps ? Qui écoutera avec vous, en boucle, la chanson de Plastic Bertrand que vous avez dénicher sur le net ?
Etes vous donc prêt à devenir un “demi-kiwi” et mettre de côté tout ça ?
En fait, lorsque l’on se prépare au grand départ et lors des premiers mois de vie en Nouvelle-Zélande, on n’a pas le temps d’y penser. Et puis au bout d’un moment la France nous manque. On ne tient pas forcément à retourner y vivre, on avoue même se sentir plutôt bien dans notre nouvelle vie et pourtant on subit régulièrement ces élans incontrôlables de nostalgie. Maintenant je peux vous le dire et je crois que vous l’avez compris, c’est justement pour toutes ces petites choses que je viens de lister que vous avez le mal du pays.
Bien sûr, on vit avec, bien sûr, le réconfort des autres Français sur place aide à faire passer la pilule, bien sûr, la France n’est pas sur une autre planète et on peut rentrer régulièrement prendre sa dose, et bien sûr, la vie en Nouvelle-Zélande est confortable, mais je crois que surtout ce qui aide c’est simplement d’être conscient de ce manque inéluctable et d’être fort de son choix.
C’est aussi pour toutes ces raisons, que souder la communauté Frogs et se rencontrer ou se retrouver grâce à ce site vous aidera dans une immigration de longue durée en Nouvelle-Zélande, parce que vous êtes Français et quoiqu’il arrive, le resterez.
Parce qu’un Frog averti en vaut deux, à bon entendeur, G’day
Anne-Sophie

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