Catherine, mère et musicienne

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Catherine habite à Dunedin, presque tout au sud de l'île du Sud, où elle élève ses trois enfants tout en donnant des cours de danse africaine accompagnée par David, son mari, qui fabrique des djembés.

Comment es-tu arrivée en Nouvelle-Zélande ?

Je suis née dans l'est de la France et j'ai commencé à travailler en tant qu'institutrice en Bourgogne. Lors d'un vernissage, j'ai fait la rencontre de David, un Kiwi qui venait d'arriver en France. Après avoir atterri à Orly, il avait fait le voyage à pied jusqu'en Bourgogne depuis l'aéroport ! On s'est mariés en 1990. On était déjà tous les deux passionnés par la musique africaine et les percussions. Lorsqu'on a décidé de partir pour la Nouvelle-Zélande, on a organisé une grande tombola pour les copains afin de nous débarrasser de tout ce qu'on avait. Mais on a gardé nos tambours ! C'est comme ça que je me suis retrouvée en novembre 1995 à l'aéroport d'Auckland, avec David, nos deux enfants Ondine et Jonas, 3 djembés et des instruments de percussions brésiliennes.

Qu'est-ce qui t'a d'abord étonnée quand tu as débarqué dans ce pays ?

L'air m'a paru tellement pur en arrivant ! J'aurais voulu respirer à m'en faire éclater les poumons ! L'espace aussi. Tout m'a semblé très grand, le ciel, les arbres, les parcs, l'espace entre les maisons, entre les gens, les rues, l'océan. Et la verdure dans les villes. Il y a des arbres et des jardins partout et très peu de bâtiments à étages. Il y a aussi les glaces au hockey pokey. Elles sont gigantesques, avec des morceaux de caramel dedans. Délicieux ! Sinon, les premiers Maoris que j'ai rencontrés au début étaient un peu inquiétants, je les trouvais très machos (évidemment, les premiers que j'ai vus faisaient partie du « black Power », ce n'est peut-être pas une référence...). Et puis le pays n'était pas aussi propre que ce que j'imaginais. Il y avait comme en France, des papiers et autres déchets par terre. Nous avons passé deux mois dans un bach (maison de vacances), et là, c'était le paradis (plages immenses, désertes et sauvages, accueil chaleureux). Il n'a pas fallu beaucoup de temps pour que je me sente vraiment bien dans ce pays. Un pays où on peut aller à la banque pieds nus, moi j'en tombe amoureuse tout de suite ! J'ai réussi à concrétiser des rêves comme celui de jouer du tambour dans les écoles, projet qui aurait été quasiment impossible de mener à bien en France. La Nouvelle-Zélande est un Eldorado (sauf sur le plan financier) pour ceux qui ont un peu d'audace et l'esprit d'entreprise. Si vous êtes motivé et avez un projet intéressant (et prêt à vous serrer la ceinture au début) vous réussirez !

Tu habites maintenant à Dunedin, dans l'île du Sud. Que penses-tu de cette ville ?

Je m'y plais beaucoup ! Nous vivons dans une maison en bois du début du siècle avec un grand jardin, à deux pas de Baldwin Street, la rue la plus pentue du monde. J'avoue qu'il n'y fait pas très chaud, surtout en hiver. Mais au moins, on n'a pas le temps de déprimer avec la météo. Même s'il pleut, on sait que cela ne durera pas car le temps change si vite ! Dunedin compte environ 120 000 habitants dont 30 000 étudiants, d'où son dynamisme et son esprit d'ouverture. La scène artistique et culturelle y est très variée, avec des cafés/concerts (comme l'Arc café), des festivals, des expositions. Cette ouverture d'esprit nous a permis de nous faire une petite place avec nos tambours au sein de l'association Songbong (www.songbong.co.nz ) qu'on a mis sur pied en arrivant. David en a fait son métier. Il fabrique de manière totalement artisanale des djembés, des ashikos et des dununs, à la maison, avec différents bois de la région et des peaux de chèvre sauvage qu'un copain chasseur lui fournit. Du coup, on mange de la chèvre, une très bonne viande ! Il donne aussi des cours de percussions et on anime un atelier de danse africaine hebdomadaire. Mon premier rôle reste malgré tout d'élever mes trois enfants (le dernier, Louis, est né en Nouvelle-Zélande). Grâce à nos activités et à mon rôle de mère de famille, tout le monde me connaît ici ! Dunedin reste une ville à taille humaine, un peu comme dans un village ou un quartier, bien loin de l'anonymat qui règne à Paris. Et puis la notion de « communauté » est très importante ici, on se sert les coudes, les gens se connaissent et s'entraident. La première fois qu'une caissière de supermarché m'a demandé comment j'allais, c'était ici, en Nouvelle-Zélande. Cela paraît idiot, mais le simple fait que les gens se disent « bonjour » dans la rue change bien des choses.

Est-ce que tes enfants parlent le français à la maison ?

A la maison, je parle tout le temps en français, et David en anglais. Pour les gens qui nous observent, c'est rigolo, car s'ils sont monolingues, ils ne comprennent que la moitié du dialogue. Peu importe la langue dans laquelle on choisit de parler, en fait, je crois que l'important est d'utiliser à la maison la langue où on a le maximum de possibilités d'expression. Les enfants baignent dans un milieu anglophone, ils me répondent en anglais, mais ils comprennent parfaitement le français. Je dirais qu'ils sont des « bilingues passifs » pour l'instant. Lorsqu'ils iront en France, je sais qu'il ne leur faudra pas bien longtemps pour être à l'aise avec la langue. J'ai toujours été réticente à « enseigner » le français à mes enfants. Je le parle, c'est vivant. Eux, ils font leur propre choix. Ça pose seulement un problème lorsqu'ils reçoivent leurs copains ; dans ce cas-là, je m'exprime en anglais. Si par hasard je me mets en colère, je repasse en français, mais là, tout le monde a intérêt à comprendre ! Seulement quand j'entends mes enfants jurer en français, je me dis, « c'est pas l'école qui leur a appris ce gros mot-là... »

Que penses-tu de l'école en Nouvelle-Zélande ?

Du fait de mon expérience d'institutrice, je connaissais relativement bien le système scolaire français, et j'avais une petite idée sur ce que je voulais et ne voulais pas pour mes enfants au niveau scolaire. Je pense qu'en France, l'administration paralyse l'école. Je voulais une école qui respire. Ici, j'ai découvert des structures ouvertes et innovantes. Je connais aussi plusieurs parents qui ont fait le choix de donner des cours eux-mêmes à leurs enfants. C'est une option beaucoup plus répandue qu'en France. Généralement, les enfants vont à l'école de 9h à 15h avec une coupure d'une heure à midi. Ils ne rentrent pas chez eux, mais mangent leur casse-croûte dans la classe ou dans la cour, comme un pique-nique. Après 15h, les écoles organisent souvent des séances de sport . Beaucoup possèdent leur propre piscine, qui sans être olympique, permet à tous les petits Néo-Zélandais de se familiariser avec l'eau dès le plus jeune âge. Les aires de jeux sont tout le temps accessibles, on peut aller jouer dans la cour de récré même après l'école et pendant les vacances ! Les enfants participent à de nombreuses activités extrascolaires et des sorties variées. Les parents sont accueillis dans les classes s'ils le souhaitent. On les considère encore comme les premiers éducateurs de leurs enfants. Côté apprentissage de la lecture, j'apprécie particulièrement leur système qui consiste à mettre les enfants directement en contact avec de vrais livres. Ici, le livre de lecture tel qu'on le connaît en France n'existe pas. Les élèves apprennent à lire sur des petits livres qui changent chaque jour. Une réserve toutefois : on considère ici que les enfants doivent savoir lire à 6 ans (l'école est obligatoire dès 5 ans). Si le vôtre peine, on le mettra dans un cours spécial d'apprentissage pour la lecture. C'est un peu dur !

Est-ce que les Néo-Zélandais se passionnent pour les sons venus d'Afrique ?

Heu... Ils progressent ! La première fois qu'on a joué du tambour ici, les gens n'ont pas du tout réagi, il n'ont pas osé danser et sont restés de glace ! Mais cela commence à changer car de plus en plus de personnes nous connaissent. On organise beaucoup de spectacles et d'ateliers dans les écoles, les enfants adorent ! Je crois qu'on a fait un gros travail d'éducation pour faire comprendre que les percussions, ce n'est pas du bruit mais de la musique. Les gens d'ici n'ont pas l'habitude, d'autant plus qu'il n'y a pas de tambour dans la culture maorie et que la communauté africaine est pratiquement inexistante à Dunedin et dans l'île du Sud. Et puis quand on parle d'Afrique ici, les Kiwis pensent tout de suite à l'Afrique du Sud avec qui ils ont davantage de liens, moins aux autres pays de ce continent. On essaie donc par tous les moyens de changer l'image qu'ont les Néo-Zélandais de l'Afrique et de sa musique. Par exemple, il y deux ans, on a organisé avec SongBong la première semaine de la danse à laquelle on avait convié Abdoul Doumbia, maître tambour venu du Mali, puis l'année dernière, un joueur de Sabar du Sénégal, Pape M'baye. C'était extraordinaire !

Quels sont tes projets ?

Rester à Dunedin avec ma famille et continuer de développer notre activité de fabrication/réparation de tambours. On voudrait essayer de décorer les tambours en utilisant davantage de matériaux locaux comme le paua, ou régionaux comme le tapa (sorte de parchemin à base d'écorce de mûrier, spécialité de certaines îles du Pacifique). Continuer à se former, car enseigner sans avoir un endroit ou l'on se ressource peut parfois être très difficile et décourageant. On travaille toujours sur des projets qui s'adressent au public de Dunedin mais qui ont également le but de faire venir des enseignants. Un autre projet est de créer un nouveau spectacle pour les écoles à partir d'une légende africaine. Avec ma fille Ondine, on voudrait faire un livre et un CD que l'on pourrait vendre après le spectacle aux écoles intéressées. Quand les enfants seront un peu plus grands, j'aimerais qu'on loue un bus pour quelques mois, et qu'on tourne dans les écoles du pays. Depuis que je vis en Nouvelle-Zélande, des projets, j'en ai plein la tête, le seul problème c'est de faire un choix !

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