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La Nouvelle-Zélande, 100% Pure ?
La Nouvelle-Zélande envoie au monde un excellent mix marketing de pureté, de nature et de respect de l’environnement. Le slogan de Tourism New Zealand , l’organe officiel de promotion touristique du pays, gagne régulièrement les concours publicitaires internationaux. Mais comme pour la crème anti-ride, qu’y a t il derrière la promesse ?
Un des derniers pays peuplés au monde a su rapidement rattraper l’ancien monde, pour le meilleur comme pour le pire. Pour le meilleur, profitant de ses montagnes et d’un taux élevé de précipitation, le pays a su depuis longtemps s’équiper en centrales hydroélectriques, qui produisaient 67% de l’électricité totale en 2007. Comme le regrettent certains commentateurs, les efforts en sont restés là, alors que le potentiel était encore très élevé et la capacité à atteindre 100%, a portée de main. Malheureusement, la croissance exponentielle des besoins, la capacité de financement et la courte vision politique ont favorisé la création de centrales au gaz ces dernières années, à contre-courant des efforts mondiaux de réduction de Co2.
Pour le pire, dans le domaine des émissions de gaz à effets de serre, la Nouvelle-Zélande est là surtout le ‘mouton noir’ (black sheep) du monde civilisé. Isolée au milieu de l’océan et avec une population de seulement 4 millions d’habitants, son poids dans la grande fête à la pollution mondiale reste insignifiant, et pourtant, le taux par habitant est extrêmement élevé.
Le premier facteur, c’est l’agriculture. Des millions de vaches et de moutons produisent chaque année une quantité phénoménale de méthane notamment, un gaz à effet de serre très nocif. Les engrais et pesticides largement utilisés dans un marché très peu réglementé provoquent émissions et contaminations des sols et des cours d’eau.
Le deuxième facteur, c’est la prépondérance de la route. Le réseau de tramway que l’on peut voir avec nostalgie sur les vieilles photos de nombreuses localités de Nouvelle-Zélande a succombé complètement à la suprématie de la voiture. Avec une essence bon marché, des voitures d’occasions peu chères importées d’Asie par milliers et une vie suburbaine tentaculaire, les transports publics ne firent pas le poids. Les bus sont lents, vieux, vides et rarement à l’heure. La compagnie nationale de trains, dans le même état et sauvée in extremis de la faillite en 2007, plonge encore plus le pays dans la spirale du tout voiture. Les grands travaux d’infrastructure votés par les politiciens populistes ou peu visionnaires, concernent surtout les autoroutes. On les élargit, on les prolonge, on pense à de nouveaux tunnels, on répare les ponts pour parer au plus pressé : permettre à plus en plus de gens de voyager toujours plus en voiture… Ah non, j’oubliais, au terme de négociations acharnées et d’atermoiements, on a enfin réussi à obtenir l’électrification du réseau de train urbain d’Auckland, un projet qui va durer des années et permettre de remplacer les quelques lentes et lourdes machines diesel par des michelines électriques. C’est déjà ça.
Selon les analyses d’un universitaire néo-zélandais, il faudrait 10 000 nouvelles éoliennes de grande taille combinée à plusieurs autres centrales hydro et géothermiques, à des panneaux solaires sur la moitié des maisons et des voitures électriques pour atteindre un objectif 0% carbone. Le coût estimé par Mr Scadden serait entre 91 et 174 milliards de dollars (NZ). Pour mettre en perspective, le PIB actuel avoisine les 180 milliards de dollars (NZ) par an.
Les efforts de la Nouvelle-Zélande dans le domaine de la lutte concertée contre le réchauffement climatiques restent très faibles. Bien que quelques universitaires font quelques progrès dans la recherche sur la réduction des émissions de méthane des animaux d’élevage, le gouvernement, lui, fixe au pays des objectifs plus que timide pour contenir ses émissions dans les années à venir. Pour ne pas fragiliser une économie relativement faible et au taux de productivité parmi les plus bas du monde occidental, John Key et sa délégation vont défendre un objectif de réduction de seulement 10 à 20% des émissions à Copenhague par rapport à 1990, dans la ligne très conservatrice des Etats-Unis notamment. Un profil de suiveur qui fait grincer des dents de nombreux commentateurs en Nouvelle-Zélande. Ces derniers avancent que le pays dispose de beaucoup d’atouts pour montrer l’exemple. Avec un secteur de la recherche universitaire dynamique et de nombreuses initiatives isolées dans les domaines du solaire, de l’éolien et de l’hydro, couplé à un pays riche en vent et en précipitations, les conditions pourraient être réunies pour faire de sérieux progrès. Mais il faut une volonté politique et affronter les éleveurs laitiers… Car en effet, le plan néo-zélandais pour Copenhague n’est que la surface émergée de l’iceberg. Sous la surface, c’est la volonté de protéger les premiers secteurs économiques dont le pays dépend tant dans sa balance commerciale, le lait et la viande. Alors on fait le minimum, ‘pour voir’, et on prévoit d'exonérer pour un temps les pires émetteurs au grand dam du contribuable lorsqu’il sera temps de payer la facture sur le marché mondial du carbone.
Sur le marché intérieur aussi, la Nouvelle-Zélande fait de timides avancées. Les maisons traditionnellement non isolées bénéficient d’une petite prime gouvernementale pour éviter que l’électricité et le gaz ne partent par le toit et le plancher. Pour les murs et les fenêtres, on verra plus tard. On attend toujours pour des actions concrètes pour favoriser l’installation de panneaux solaires et éoliennes privées connectées au réseau électrique national… Dans le domaine de la réduction des déchets et des émissions, le gouvernement propose un arsenal de sites pour aider à consommer mieux, rightcar.govt.nz pour choisir sa voiture, sustainability.govt.nz pour le reste de la vie courante par exemple, mais le traitement des déchets reste très archaïque.
Et pourtant, une grande partie des néo-zélandais sont acquis à la cause du réchauffement climatique, et les initiatives foisonnent. Sur le web, sites de co-voiturage, d’échange de biens d’occasions, de projets de réduction des déchets, d’adoption d’un arbre… Dans le monde réel, des marchés locaux sont créés pour renouer avec l’achat de proximité, des inventions (voir article sur le vélo électrique ), des forums et des concerts en font leur thème principal et chacun se met doucement au recyclage, avec des résultats inégaux.
Le salut viendra-t-il des arbres ? C’est ce que croît Euan Mason, un universitaire de l’Université du Canterbury, qui avance qu’au lieu de laisser ces immenses étendues de pâturages non productifs aux chardons, en en plantant 50 000 hectares d’arbres chaque année, on emprisonnerai 15 millions de tonnes de gaz carbonique par an.
Pourquoi pas, mais cela ne doit pas nous détourner du problème principal ; responsabilité individuelle et collective face à la désintoxication nécessaire de l’humanité aux énergies fossiles…
Et vous, qu'en pensez-vous ?
Sébastien
A lire, un excellent article du NZ Herald

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