Errances à Mount Cook Village

Voyage du 23 au 25 Août 2010

Mount Cook Nouvelle-Zélande

Presque une année s’est écoulée depuis mon arrivée en Nouvelle-Zélande… et il est un endroit que je désirais ardemment découvrir avant de partir : Mount Cook Village, le bout de la route 80, et ses 19 sommets culminant à plus de 3 000 mètres de hauteur.

Si je voulais tant venir à Mount Cook Village, c’est bien sûr pour voir le Mont Aoraki (autrefois appelé Mount Cook) de plus près. Avec ses 3 754 mètres d’altitude – 3 764 avant l’éboulement rocheux de 1991 – c’est le plus haut sommet de Nouvelle-Zélande. C’est aussi l’ancêtre le plus sacré pour les Maoris. Bien sûr, j’avais déjà eu l’occasion de l’apercevoir, depuis la West Coast, ou depuis les rives du Lac Tekapo, mais de le voir depuis la Hooker Valley est bien plus impressionnant.Cela peut être fait en quelques heures, juste le temps de garer sa voiture, de randonner un peu, de prendre quelques photos souvenirs  et de repartir. C’est ce que fait une bonne partie des touristes ! Mais moi, j’ai encore un peu le temps … Et puis, il y a une autre raison qui m’a amenée jusqu’ici … des images aperçues par hasard sur le web : des icebergs qui flottent sur le Lac Tasman. DES ICEBERGS SUR UN LAC !!!

A peine arrivée à Mount Cook, je me suis donc rendue au Centre d’Information du DOC pour savoir si le Lac Tasman était accessible à cette période de l’année. Ici, c’est bientôt la fin de l’hiver … et même si la neige commence doucement à fondre, les possibilités de randonnée sont limitées (à moins d’être suréquipé et surentrainé), les accès restreints et les avalanches fréquentes. Hélas, on m’informe que la route qui mène au lac Tasman est fermée mais qu’il est toujours possible de s’y rendre à pied – à peine 9 kilomètres de piste. Mon programme du lendemain est tout prêt !

2montagne

Malgré les fortes rafales de vent, la météo est favorable ce matin : un grand soleil et quelques micro nuages. Impatiente, je me suis réveillée tôt dans un Backpacker désert, et me voici maintenant franchissant la barrière qui clôt la piste de gravier. Mes écouteurs bien vissés sur les oreilles (Johnny cash et Deep Purple vont m’accompagner), j’avance toute seule, entourée de deux impressionnantes chaînes de montagnes. Au fur et à mesure que je m’enfonce dans la vallée complètement isolée, un sentiment enivrant de solitude s’empare de moi. Je suis et serai toute seule aujourd’hui, à pouvoir contempler ce paysage ! Un tout petit grain de poussière ! Minuscule au milieu de ces sommets immobiles, témoin du temps et de la force de la terre. Minuscule face au vent soufflant en rafale, ralentissant mon pas. Minuscule devant le tonnerre provoqué par le bruit sourd d’une avalanche sur l’autre versant de la montagne.

Au bout de deux heures, j’arrive au point de départ d’un sentier que j’imagine touristique et facile en été. Je crapahute dans la moraine frontale du glacier, entre les rochers et la neige, en faisant bien attention de ne pas glisser. A mi-hauteur, un petit lac, encore prisonnier de l’hiver, repose tranquillement. La couche de glace qui le recouvre s’est décollée du sol, lui donnant un aspect concave, et je peux entendre le bruit du vent qui s’engouffre sous l’épaisse couche de glace.
Toujours à travers la neige et les rochers, je gravis à nouveau la moraine haute d’une centaine de mètres et qui rappelle l’échelle du glacier auparavant. Arrivée en haut, la grandeur du paysage qui s’impose à moi est juste extraordinaire. Il y a tant de beauté et d’immensité devant mes yeux. Tant de force également !

En amont, le glacier Tasman s’étend sur plus de 27 km de long, 2 km de large et 600 m de profondeur ; c’est le plus grand glacier de Nouvelle-Zélande. Mais avec les effets du réchauffement climatique, les quelques bassins qui se trouvaient sur le glacier dans les années 70 se sont transformés en un lac (ce qui veut dire que quelques mètres sous la surface se trouve toujours l’imposante masse de glace). A l’heure actuelle, le glacier continue de fondre et la taille du lac terminal augmente rapidement. Par l’action du vêlage, des icebergs de toutes les tailles et toutes les formes se décrochent du front du glacier pour tomber dans le lac toujours grandissant. Ainsi, lors de l’important tremblement de terre du 23/02/2011, des morceaux du glacier se sont détachés et sont tombés dans le lac. Parmi eux, un iceberg de 30 millions de tonnes de glace (1,2 km de long, 300 m de haut et 75 m de large), qui a provoqué une vague géante dans le lac !

lac gele

Ce matin, le lac Tasman est en partie gelé, emprisonnant d’immenses blocs de glace, grinçant et craquant, rompant ainsi avec la mélodie silencieuse du vent. Je reste là un long moment, écoutant ce bruit irréel … je ne sais si c’est le lac ou les icebergs …De mes yeux émerveillés, je contemple les immenses blocs de glace aux formes fantasques, aux reflets bleu ou vert selon la compression de la glace, recouverts de roches, striés …Je ne sais qui remercier pour ce spectacle incroyable et unique qui m’est offert, mais je ressens une profonde gratitude pour je ne sais pas vraiment quoi … l’univers peut-être !

Le lendemain, d’autres randonnées, d’autres lacs, d’autres glaciers ! J’ai changé de vallée, je suis maintenant dans la Hooker Valley. Un peu plus de neige par ici ! Je suis contente d’être partie tôt ce matin, avant que le neige ne commence à fondre sous les rayons trop fort du soleil. Comme hier, je suis toute seule sur le sentier, mais cette fois-ci, des traces de pas attestent du passage de nombreux randonneurs. Je n’ai qu’à les suivre, même si elles me jouent parfois des tours ! Je passe la matinée dans la neige, à me promener entre les hêtres, mon regard irrésistiblement attiré par le Mount Aoraki, le ‘Transperceur de Nuages’ qui veille immobile.
Et puis finalement, il faut bien que je me décide à repartir, comme je suis venue, en stop. Reprendre une dernière fois la route pour Wanaka, et préparer doucement mon départ… Au fond de mon coeur je sais qu’en quittant Mount Cook Village aujourd’hui, je quitte déjà un peu de la Nouvelle-Zélande. 

lac sun

La légende d’Aoraki, le Transperceur de Nuages
C’est l’ancêtre le plus sacré pour les Maoris ; le lien entre le surnaturel et la Nature. D’après la légende, Aoraki et ses 3 frères étaient les enfants de Rakiuri, le Père Ciel. Lors de leur voyage autour de Papatuakuru, la Mère Terre, leur canoë s’échoua sur un rocher et se mis à pencher. Aoraki et ses frères grimpèrent alors au sommet de leur embarcation. Mais le vent du Sud glacial se mit à souffler et les changea en pierre. Leur canoë devint Te Waka O Aoraki, l’île Sud. Aoraki, le plus grand, devint son plus haut sommet, et ses frères, l’ensemble des Alpes du Sud.

Sophie

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Plusieurs de nos séjours dans l'île du sud passent près de Mount Cook.