Vagabondages dans le Nelson Lakes National Park

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Deux mois de vadrouille, entre visite à mes amis et découverte de nouveaux lieux, arpentant les parcs Nationaux immenses et sauvages, les vallées infinies, plages dorées et vides, forêts pluviales et sommets alpins ; aussi quelques moments relax, contemplation au paradis des activités « outdoor », soirées en refuge, balades matinales au chant des oiseaux…

Bref, du grand bonheur …

Une semaine loin de tout

À mon arrivée était prévue une semaine dans un parc National, Nelson lakes, un refuge au bord du long lac rotoroa servant de base, avec 4 kiwis, deux « vieux » pêcheurs, et deux chasseurs, je n’en avais rencontré qu’un, rapidement, trois ans auparavant. Et c’était parti, en hors-bord rempli de provisions, pour une longue traversée, menant au cœur du parc ; parti pour une semaine de randonnées très sauvages et exigeantes, de traversées de rivières, observations des chamois et cerfs, des nombreux oiseaux, nuits en refuge ou bivouac, soirées à parler de tout et à comparer nos pays et nos habitudes…

Dès le premiers jour, dès les premiers hectomètres de la première balade on est au parfum, la rivière a emporté une partie du sentier, il faut contourner, mais on ne peut éviter de se mouiller jusqu’aux genoux. Mes compagnons n’ont jamais vu cela, pourtant ils viennent une semaine ici chaque année depuis 14 ans ! Les jours précédant mon arrivée ont été très pluvieux, venteux aussi , avec une tempête en point d’orgue, ça a dû être quelque chose aux vues des arbres couchés ici et là le long de la route et la furie des cours d’eau ! Le premier feu dans le refuge servira à faire sécher chaussures et chaussettes, demain on part pour trois jours, avec les deux chasseurs, en haut, Mt Misery, pourvu qu’on ne puisse pas dire qu’il porte bien son nom…

Ascension très raide, les sacs à dos sont bien chargés, refuge au milieu d’un champs de neige d’un mètre d’épaisseur, il en tombe 5 cm de plus pendant la nuit. 0,6° à l’intérieur au réveil, vent glacial et pas de visibilité, on doit attendre l’après-midi pour suivre la crête. Pierriers et bush à pic à droite, pente plus douce, enneigée, glacée à gauche, Dave est devant avec les crampons et le piolet, on fait attention, juste quelques centimètres pour poser les chaussures par endroits mais quel plaisir d’entendre la neige crisser sous les pieds, apercevoir des congères aux allures bizarres, des colonnes glacées, comme sculptées…. Notre horizon est assez féerique avec une vue sur une partie du parc cet aussi « Kahurangi National Park » au loin, sous le léger plancher nuageux, clair, bas. Une légère brume bleutée complète le tableau vert et blanc que l’on peut contempler en se retournant (285-309). Devant ce sont les plus hauts pics du parc, avec leurs allures de hauts sommets inaccessibles (0259), pris dans les glaces et les tourbillons nuageux. Le plus haut ne dépasse pourtant pas les 2200m, mais ici, particulièrement dans l’île du sud, on trouve souvent les mêmes conditions que 1500-2000m plus haut en France.

Nous observons quelques arrêts pour contempler ou se ravitailler, et aussi passons un long moment à observer un groupe de chamois dont deux individus se reposent pendant que les autres paissent où font le guet; ils ne nous ont pas senti, le vent est favorable et ils se méfient plutôt de ce qui vient de dessous… La descente est épique, à pic sur le pierrier le plus large et finit de nuit à travers un bush très dense ; nous n’irons pas plus loin qu’une bande de terre entre deux bras de la rivière, pressés de manger et dormir, même si le lieu du bivouac n’est pas des plus sûr avec cette rivière qui gronde derrière…

Le sommeil fut pourtant lourd malgré des températures encore une fois inférieures à 0 et les affaires sèchent ou se réchauffent au soleil pendant le petit dej, avant un retour tranquille vers le lac, le long de la d’ « Urville River »et au milieu de cette vallée encaissée, dans ce cadre merveilleux de montagnes enneigées encore couvertes de leur chape de nuages blancs, aux pentes peuplées de hêtres et aux impressionnantes ravines tombant à pic de chaque côté, jusqu’à atteindre ce torrent furieux.. Après une pause thé à l’endroit où nous devons traverser la rivière descendant de « Tiramea » et de nombreuses haltes pour observer les endroits plats, les lisières, là où pourraient se tenir des cervidés, nous arrivons à la hutte, au lac . Ce petit coin de paradis loin de tout où nous allons passer la soirée à raconter ce que nous avons vécu chacun de notre côté, la pêche n’a pas été fructueuse pour John et Brian, mais ça a été si relax pour eux, à bord de leur bateau ou autour du refuge, flânant sur le ponton… C’est vrai que l’endroit s’y prête, et dès le lendemain matin on peut le vérifier, avec ces nuages couvrant les montagnes en face, nous laissant juste apercevoir la neige fraîche, le tout se reflétant dans ce miroir aux dimensions à l’échelle de l’endroit, calme, sérénité…Un peu plus tard un arc-en- ciel, juste là-bas, de l’autre côté, pont féerique entre les deux versant de « Sabine Valley », tandis qu’un couple de cygnes noirs glisse avec précaution, juste au-dessous, ça n’est pas un mirage, il suffisait d’être là, de s’asseoir sur les marches qui mènent au ponton, et profiter de l’instant.

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Deux autres excursions, d’une journée cette fois, vont occuper les jours suivant, une sur le sommet de l’autre côté du lac, le Mont Cédric, d’où, après une bonne ascension, on a une vue splendide sur le lac et les alentours, un peu plus de la moitié du parc, ça me permet de visualiser encore mieux les endroits où nous sommes allés et ceux qui feront l’objet de futures explorations, un jour peut-être…

Et le lendemain nous allons avec Leister dans la vallée de Tiramea, autre havre de paix, forêt toujours changeante et traces d’animaux en tous genres, des cerfs bien sûr, mais aussi des sangliers. Nous nous arrêtons aussi pour écouter et observer les oiseaux, comme les « bush robins », qui contrairement aux Tui et aux pigeons ne se font pas voir autour des refuges.

La dernière journée ne sera pas moins intéressante, je vais le matin avec John à l’embouchure de la d’Urville River, il pêche à la mouche et j’observe ses faits et gestes, tant d’années de pratique. Beaucoup ici chassent et pêchent, en rivière ou en mer dès leur plus jeune age, les filles aussi, la culture et l’histoire sont si différents avec ce que l’on connaît en Europe ; Du fait de ces espèces introduites qui sont considérées comme des « pestes » et le rapport constant à la nature et au sport de plein air…

L’après-midi nous allons avec Dave dans l’autre vallée, celle de la Sabine river, plus fréquentée. Encore de belles images contrastées, bleu, vert, blanc, gris, et le ventre rouge d’un kaka, sorte de perroquet rarement visible, j’ai de la chance, même s’il est de dos, occupé à piqueter une branche à moitié morte ; le lunch se fera au bord du cours d’eau, pas embêtés cette fois-ci par les sandflies, minuscules mouches qui vous assaillent régulièrement dans les coins les plus humides, et on s’arrêtera de nouveau sur le chemin du retour à l’endroit d’un trou d’eau d’une transparence bleutée avec des reflets verts.. ; Dave me montre ici des champignons étranges et minuscules le long d’un tronc, là un oiseau dont je n’ai pas pu me rappeler le nom, et un peu plus loin me montre une feuille d’un arbuste qui une fois frottée sur la main, a goût de poivre. Ils me font envie ces deux kayakistes que l’on rencontre au retour et à qui l’on offre le thé et avec qui l’on échange quelques informations du coin, comme on la fait avec les rares chasseurs et pêcheurs croisés, pas de randonneurs en cette saison, plutôt pendant la saison d’été.

Dernière soirée au refuge, quasiment une semaine de passée, sans s’en rendre compte, on a encore de la réserve en nourriture et en boissons même si les caisses sont presque vides et la glace qu’elles contenaient a presque totalement fondu. On s’est bien régalé avec la venaison et les truites fumées au goût de caramel et bien sûr nous ne sommes pas passés à côté des saucisses et des « bacons and eggs ». Les dernières bières pour fêter cette semaine inoubliable, encore quelques plaisanteries et discussions passionnées, je leur rappelle l’affaire de raimbow warrior qu’ils avaient bizarrement oublié de placer dans une ou l’autre « joke » sur mon compte et ils n’oublieront pas le lendemain, au moment de partir, de vouloir être dans le même bateau que moi, de peur que l’autre explose ou coule !

John veut aller tenter une dernière fois sa chance à la mouche avant de partir, la semaine a été pauvre en truites, et quand Dave et moi le rejoignons, il sort une de ces bestiole, à la forme de saumon, avec cette gueule particulière à la retroussette, les dents en avant. Elle ira rejoindre les autres prises dans un bac, et la venaison qui pendait sur une corde dans des draps vient remplir les autres, tout est prêt, refuge nettoyé, reste Leister qui doit descendre de taraméa où il a passé la nuit en refuge. Ce qui arrive pas longtemps après, un nouveau cerf dans le sac et le crâne et les cornes au-dessus !

Photo du groupe de joyeux lurons devant le refuge, sur le ponton et départ de concert des deux bateaux, le cœur un peu serré, on voit s’éloigner ce petit coin de paradis où les plaisirs de la montagne comme de l’eau sont si accessibles, pour peu qu’on veuille bien se mouiller les pieds de temps en temps, accepter la fraîcheur des nuits printanières et les efforts d’une montée raide avec le sac à dos bien chargé. Il y a comme toujours dans ce genre de périple le réconfort d’une boisson chaude et des soirées en refuge, le bonheur de parcourir ces sentiers au milieu d’un nature majestueuse, sauvage…

Richard Pautonnier

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