[Humour] Comment se faire des c... en or pendant vos vacances !

kiwi-asian

Un nouvel Elgoldendo [1] est né !

Le rĂŞve de tout un chacun, se faire des couilles en or, est aujourd'hui devenu possible.

Jeunes gens de tous pays, si vous mesurez entre 134 et 147 cm, n'êtes amputés ni des bras ni des jambes et savez marcher à quatre pattes, ne loupez pas cette occasion de vous remplir les poches en faisant du tourisme, vert [2].

La Nouvelle Zélande est le pays qui vous offre cette opportunité !

Achetez un billet d'avion, demandez un visa Working Holidays (vacances en travaillant, sic) et en dépensant tous les sous que vous aurez apporté en NZ, vous aurez peut-être l'occasion de travailler un peu dans la grande organisation fraternelle du ramassage des fruits de la liane Actinidia, plus connue sous le nom de kiwi ou kiwifroute (en anglais).

Étape numéro 1 : être au bon endroit !

La Nouvelle Zélande est grande comme la moitié de la France.... en surface ! Car en longueur, elle est deux fois plus étendue, avec un détroit séparant les deux îles (mais faisable à la nage si vous êtes un peu entrainé, les orques ne nagent pas si vite que ça).

Les récoltes commencent un peu partout, mais jamais à l'endroit où vous êtes : exemple de dialogue "moi, j'étais à Blenheim la semaine dernière, les abricots étaient déjà finis, mais les pommes n'avaient pas encore commencé..." "ah bon ? moi j'étais à Picton, les pommes étaient déjà finies, mais les vendanges ne commençaient pas avant trois semaines...."

Étape numéro 2 : trouver un "Backpacker hostel" (hôtel pour sacàdoseur en français)

Les sacadoseurs sont faciles à trouver sur internet. Beaucoup ont un nom allusif à d'anciennes plaisanteries hobbites difficiles à déchiffrer aujourd'hui : comme Hairy Berry = Fruits poilus...(toujours écrire "hobbites" en un seul mot ! hobbit signifie "habitant des trous", je n'invente rien : [3])

Envoyez leur un émail (l'émail est un courrier électronique ainsi nommé car les gens se mordent la lèvre en l'écrivant [4]) et ils vous répondront : " oui, il y a du travail ici, ça commence incessamment sous peu, plein de gens sont là et se préparent à travailler. Si vous voulez venir, il vaut mieux réserver". S'il vous répondent : "non il n'y a pas de travail en ce moment" c'est que vous vous êtes trompés : ça ne doit pas être un backpacker hostel.

Ruez vous sur votre moyen de transport favori : bus, vélo, voiture d'occasion, auto-stop et ralliez le Backpacker en question dans les plus brefs délais. Achetez une nuit, oui mais une semaine, c'est moins cher. Achetez une semaine en dortoir (c'est moins cher), oui mais un mois c'est moins cher, achetez un mois payable d'avance (ça fait assez cher finalement, surtout à sortir d'un coup !).

La vie au Backpacker

Ça y est vous êtes installé, commence alors la longue attente. Car le lendemain matin, finalement, pas plus de trace de démarrage de boulot que de beurre en broche. Vous trainez vos savates dans le Backpacker toute la journée après qu'on vous ait fait quelques vagues promesses de travail pour les jours suivants (enfin vers un horizon assez vague).

deuxième jour : voir premier jour

troisième jour : voir deuxième et premier jour...

quatrième jour : vous en avez marre de vous lever à 7 heures pour rien, vous avez annulé votre alarme et vous vous couchez très tard pour rentabiliser votre (future) grasse matinée.

Vous êtes réveillés à 6 heures car il y a un grand barouf dans l'hôtel. Tous vos camarades de chambrée sont en train de préparer frénétiquement leur pique nique. Quoi ? qu'est-ce qui se passe (en plus vous ne comprenez rien, tous les gens parlent en anglais, véridique, les anglais parlent anglais, les allemands parlent anglais, les hollandais parlent anglais, les norvégiens parlent anglais, les chinois parlent anglais, euh les sud-américains parlent vraiment très mal anglais, heureusement qu'ils sont là, ça remonte le niveau des français... j'ai eu des conversations épiques avec un chilien qui reconstruisait ses mots anglais à partir de l'équivalent espagnol, style : "what significate you ?")

Finalement, habillé de pied en cap et muni de votre biasse (mais qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? si vous ne connaissez pas, cherchez sur internet !) vous apprenez que ceux qui travaillent ce jour là, ce sont ceux de "l'autre équipe", pas vous en fait. Pas la peine de vous recoucher, autant commencer à glander directement comme les jours précédents.

En fin de journée, vous apprenez que vous allez finalement travailler le lendemain matin à neuf heures.

Le verger

A huit heures et demie, vous quittez le backpacker sur les chapeaux de roues pour vous rendre au lieu de travail. Vous suivez la voiture d'un autre travailleur qui connait l'endroit. C'est apparemment un ancien pilote de formule 1 qui essaie de ne pas perdre la main.

Ça y est, tout le monde est là, le travail peut commencer ! Sauf que :

Les kiwis ne sont pas secs, on ne peut pas les ramasser. Vous attendez deux heures et demie.

Variante : les kiwis sont secs mais le propriétaire a décidé de profiter de la présence de 80 travailleurs sur sa propriété pour faire un traitement qui améliore l'aspect des fruits. Un entrepreneur décharge de son camion un engin qui est le croisement entre un suppositoire et un vaporisateur et commence à traiter tout le verger avec un produit qui n'est pas dangereux, dixit les chefs d'équipe (seulement irritant pour la peau et les yeux...dixit l'étiquette). Celui qui traite s'en fout, il est dans sa cabine climatisée...

Reste que pour traiter les kiwis, il faut les mouiller. Une fois mouillés, il ne sont plus secs (je ne sais pas si vous suivez cette partie un peu technique ?). L'attente continue pendant une demi-heure.

Vous entrez enfin dans le verger. Vous êtes un fan du Seigneur des Anneaux ? Tant mieux : les vergers ont été planté par des hobbits (ou Periannath). Le contrat ne stipule pas que vous allez travailler debout. Faites comme tout le monde, ramassez à genoux et portez votre panier à la remorque à quatre pattes !

Vous êtes maintenant directement plongés dans cette trépidante ambiance moyenâgeuse, le but de votre voyage en Nouvelle Zélande, où les serfs travaillaient dans les champs pendant que le seigneur foulait les récoltes sur son cheval. La version moderne du seigneur n'a plus de cheval pour passer dans les vergers (ils ne font pas de chevaux assez petits), ils ont un quad à la place. Dès que vous entendez pout pout pout pout, redoublez d'ardeur au travail, sinon gare aux coups de fouets, voire à quelque bastonnade pour vous remettre les idées en place.

Si le producteur est une femme, elle monte son quad, mais pas en amazone. Par contre, si le conducteur emporte une autre personne, un inspecteur par exemple avec lui sur son quad, celui-ci ne monte pas à cheval derrière lui, cela entrainerait une trop grande proximité apparemment, entre les organes génitaux du passager et, euh enfin ils évitent cette situation incompatible avec les standards de la société kiwie (je crée ce néologisme audacieux) donc le passager monte en amazone ...(dans le saut en parachute en tandem, c'est le kiwi qui est derrière vous, cette position est permise par leur code de conduite).

Le verger est muni de toilettes. Vous devez les utiliser (YOU MUST USE THE TOILETS disent les panneaux; si vous n'avez pas envie, forcez vous) sinon vous serez rappelés à l'ordre. Vous devez vous laver les mains après (le savon et le papier ne sont pas fourni, ce n'est pas une entreprise philanthropique !). Le reste de l'année, quand les travailleurs ne sont pas là, le verger, qui est souvent entouré de clôtures électriques, sert de pâturage aux vaches ou aux moutons. Les toilettes sont d'ailleurs spécialement conçues pour les recevoir afin que leurs besoins ne se retrouve pas sur le sol de ces vergers à l'hygiène strictement contrôlée, vous imaginez un peu ? La nouvelle Zélande est en fait le pays qui compte le plus de dresseurs de ruminants au monde [5]. La partie la plus difficile du dressage n'est pas de leur enseigner l'utilisation des toilettes, une fois qu'une vache a été bien dressée, le plus souvent, ses veaux apprennent tout seuls. Non la partie difficile est d'obtenir qu'il se lavent les sabots AVEC DU SAVON.

Les tracteurs

Si vous aimez les vieux tracteurs, que dis-je, les tracteurs "vintage", ce job est fait pour vous ! Pour améliorer l'ambiance du travail, les producteurs organisent au moment de la récolte un grand show de tous les modèles produits dans les années 80, 70, 60 (ce qui leur donne pour certain près de 50 ans, je fais le calcul pour vous car je sais que certains de mes lecteurs ne sont pas très forts en calcul mental). Je n'ai pas réussi à en repérer des années 50, mais c'est peut-être seulement un problème perceptif qui m'en a empêché (les chevaux étaient-ils encore à l'extérieur du tracteur à cette époque ? ou déjà à l'intérieur du moteur ?).

Ces tracteurs, qui sont entreposés dans un musée, je suppose, le reste de l'année, n'aiment pas tellement être démarrés et arrêtés sans cesse pour avancer de dix mètres toutes les cinq minutes et finalement tirer une tonne de kiwis en dehors du verger. Ils montrent leur désapprobation en émettant un énorme nuage de fumée bleue (tracteur à essence) ou noire (tracteur diesel). Avoir déjà travaillé dans un garage sera un plus pour vous, votre habitude de la fumée à petite dose vous permettra en effet de mieux résister à cet environnement particulièrement délétère (quelques naïfs mal informés croient que le ramassage des kiwis est un travail dans la nature donc un travail bon pour la santé).

Il existe une vidéo qu'on passe au briefing avant le démarrage de la récolte et qui explique entre autres consignes que toutes les manœuvres doivent être faites avec douceur. Elle montre comment il ne faut pas faire (aller à toute allure) et comment il faut faire (aller doucement). Les chauffeurs ont dû la regarder mais apparemment ils ont perçu le message inverse et rivalisent pour circuler le plus vite possible.

La paie

En fait ce n'est pas réellement un salaire, souvenez vous : vous êtes en "vacances" ! Ce sont des working holidays = VACANCES en travaillant, pas un holidaying work = TRAVAIL pendant les vacances (l'ordre des mots est inversé en anglais, c'est le moment de vous en apercevoir).

La paie arrive une semaine après l'effort. Ne cherchez pas à recalculer à l'envers, à partir du montant versé sur votre compte, le nombre d'heures que vous avez effectuées. Ce calcul ne marche tout simplement pas ! Il faut comprendre que dans le mode de calcul des "heures" par les contracteurs (non, ce mot ne désigne pas ceux qui conduisent les tracteurs) qui embauchent la main d'œuvre et la gèrent pour les planteurs, le mot "heure" n'a pas la même signification que dans la vie courante. Ici c'est plutôt un terme technique et juridique qui représente une unité de travail idéale, déduction faite du temps passé aux briefings, à l'attente sur le lieu de travail, aux poses diverses, aux journées arrêtées en cours de route à cause de la pluie, etc.

Quoi ? les couilles en or ?

Oui monsieur, vous qui levez la main au fond de la salle, pourriez vous répéter votre question s'il vous plait ?

"et les couilles en or ?" ah mais monsieur, vous n'avez pas suivi ? les couilles en or, c'est une expression, vous n'allez pas "réellement avoir" des couilles en or !

Ha, vous le saviez, mais alors pouvez vous repréciser votre question ?

"se faire des couilles en or, ça veut dire gagner beaucoup d'argent ?"

Euh, non non, réellement vous n'avez pas bien suivi, les couilles en or, vous vous en ferez, nous l'avons promis dans le titre de cet article. Vous vous en ferez même des milliers, des dizaines de milliers. Les couilles en or, ou golden kiwis, c'est ce que vous allez ramasser toute la journée !

Comment tenir une couille en or (voir photo d'en-tĂŞte d'article, vous pouvez garder vos genoux en position normale) :

Le ramassage des kiwis attesté dans le folklore kiwi (attention kiwi est un mot polysémique, c'est a dire qu'il contient plusieurs graines)

Il existe une ancienne chanson hobbit, non vulgarisée par les éditeurs de Tolkien, sauf si vous accédez à ses archives complètes dans les éditions confidentielles, qui atteste l'ancienneté de la tradition du ramassage des kiwis :

langue-hobbit

Elle se traduit à peu près de la façon suivante (la langue sindarin est très compacte) :

Dans les champs de Te Puke, ya des kiwis qui pen-dent
Dans les champs de Te Puke, ya des kiwis qui pen-dent
Et quand on est par dessous, on en a vite plein le cou (certains exégètes proposent une autre traduction, toutefois controversée)
Ils pendent, Ils pendent, Ils pen-en-dent !

Le kiwi géant le plus grand du monde, soi-disant ! La ville de Te Puke se targue de posséder le plus grand kiwi géant du monde (c'est idiot comme phrase). Il s'agit en réalité de la plus grande tranche de kiwi (géante ?) du monde, comme vous pouvez le constater par vous-même.

En plus, ils ont oublié les poils !

Stéphane Jourdan

Références
 1. Eldorado en anglais
 2. comme dans l'expression : "j'Ă©tais vert !"
 3. "Le nom que les Hobbits se donnent Ă  eux-mĂŞmes en westron, la Langue Commune de la Terre du Milieu, est kuduk, une contraction de la forme plus ancienne kud-dukan, qui signifie « habitants des trous » et qui se conserve en rohirrique, la langue de Rohan que Tolkien transcrivit au moyen de l'anglo-saxon, avec laquelle les Hobbits entrèrent en contact aux temps passĂ©s. La Langue Commune est reprĂ©sentĂ©e au moyen de la langue anglaise moderne, et dans celle-ci le terme Hobbit est utilisĂ©, une possible forme avilie du mot anglosxon holbytla, qui signifie aussi « habitant des trous » Il n’y a pas ou plus de langue hobbite, ceux-ci ayant adoptĂ© le langage des Hommes. Toutefois, un certain nombre de mots leur sont propres (mathom, smial…), et d’aucuns pensent qu’ils les ont hĂ©ritĂ©s des Forts, alors qu’ils habitaient près du pays de Dun, peuplĂ© d’Hommes. Les hobbits se sont eux-mĂŞmes nommĂ©s ainsi, tandis que les Hommes les surnomment Halflings (Semi-Hommes), dĂ©nomination rĂ©cusĂ©e par les intĂ©ressĂ©s de par sa connotation pĂ©jorative. Les Elfes les nomment Periannath (Perian au singulier, qui signifie Semi-Homme). Les Rohirrim les nomment holbytla ("bâtisseur souterrain"). C’est probablement de ce mot que tire son origine le nom "hobbit", Ă  l’époque oĂą les semi-hommes vivaient plus au Sud." (wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Hobbit)
 4. Nous ne voyons pas d'autre explication.
 5. Bien sĂ»r, tout le monde sait que la Nouvelle ZĂ©lande a quatre millions d'habitants et 40 millions de moutons. Ceux qui ont Ă©crit ça n'ont pas pu compter les mouches...