Langue et culture, dur dur !

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En discutant avec d’autres Frogs, je me suis rendue compte que l’on passait tous par les mêmes frustrations au niveau de la maîtrise de la langue. Mais ne vous découragez pas, les frustrations passent, la vie continue et l’Anglais … ben, on finit par faire avec !

Voici donc, étape par étape, les joies d’être un Frog en terre anglophone :

Kesskimdi ?

Ne rêvez pas, vous allez arriver le cerveau embué… après 24 heures d’avion vous ne serez pas très clair. Vous pouvez ajouter à cela le stress de votre nouvelle vie au bout du monde qui débute. Bref, vous ne serez pas dans des conditions optimum pour améliorer votre Anglais, pourtant vous n’aurez pas vraiment le choix, et il faudra parler Anglais dès votre passage aux douanes.

Autant vous prĂ©venir tout de suite : ça ne ressemble pas du tout au bon Anglais bien articulĂ© et bien lent des cassettes que votre prof d’Anglais vous passait pendant les cours… Accrochez-vous, ça fonce ! A cela il faut ajouter le bon accent kiwi…. Yah moate = yes, mate, turn liiift = turn left, yisse = yes…

Sûr, après un petit temps d’adaptation ça ira mieux. Le plus humiliant étant quand vous répondrez à coté de la question… Vous le ferez, alors ne riez pas ! Mon égo en a pris un sacré coup ! J’ai eu l’air ridicule plus d’une fois… mais heureusement le ridicule ne tue pas. Et puis au bout d’un moment on se fait aussi aux autres accents : Chinois, Coréen, Indien, Irlandais, Ecossais, Sud-Africain… Ben voui ! Yapakevou qui immigrez ici !

L’homme invisible deviendra Superman

Lorsque vous aurez sympathisé avec des « locaux », vous serez certainement invité à prendre un verre ou même dîner avec eux. Je peux vous assurer que tout le monde sera extrêmement chaleureux avec vous, vous avez cette chance d’être Français et de véhiculer une image glamour à souhait ! Tous seront ravis de vous rencontrer, et vous aurez même droit à quelques démonstrations de leurs souvenirs d’école : « Jeu parleu une petite Franssaizeu ». C’est vraiment trop mignon !

Et puis après, PLUS RIEN ! Niet, finito ! Sur deux heures de dîner les 5 premières minutes auront été intenses et après vous deviendrez invisible, personne ne vous parlera. Ne vous vexez pas et imaginez la situation inverse : vous êtes à une soirée avec vos amis français et un pauvre anglophone balbutie trois mots de Français, balancés en vrac dans un semblant de phrase… Gentil mais on ne s’attarde pas. C’est exactement pareil pour eux. Faites donc profil bas et rêvez de votre brillant avenir lorsque vous serez bilingue. Pour le moment vous êtes invisible, charmant et Frenchy alors, souriez.

Ma grand-mère m’a toujours dit que lorsque l’on ne sait pas quoi dire, il vaut mieux sourire, ça ne rend pas plus intelligent pour autant mais c’est plus agréable pour notre interlocuteur !

Un train de retard… voire deux !

Vous pensez que l’étape numéro 2 ne vous concerne pas puisque vous, vous allez faire l’effort d’aller vers les autres et vous arriverez à participer à la conversation. Soit, good on you.

Hormis les différents accents, la vitesse du flot de paroles, et les discussions qui partent dans tous les sens (normal plus on est de fous, plus on a de choses à se dire), vous allez réussir à attraper un sujet ou deux. Intéressé et intéressant ; vous avez quelque chose à dire sur ce sujet…. Commençons d’abord par faire marcher les neurones pour trouver le vocabulaire adéquat (comment on traduit « téméraire » déjà ?), et structurer tout ça dans une phrase que vous allez vous répéter une ou deux fois dans la tête de façon à ce que ce ne soit pas trop pénible pour votre interlocuteur (ma règle du sourire tient toujours…). Fin prêt et satisfait ; vous vous recentrez sur la conversation… pour malheureusement vous rendre compte que le sujet à changé ! Et on recommence….

Clair, net et concis…

Vous allez aussi apprendre la vertu du résumé clair net et concis. Comme vous n’aurez pas forcément les mots pour traduire votre pensée, vous allez simplifier (ce qui peut être aussi extrêmement frustrant). « J’aime beaucoup la profondeur des glacis et les différentes tonalités de cette peinture » = « Nice painting ». Frustrant !

Ancéphalogramme plat (ou Brain Dead)…

Vous allez développer cette qualité de pouvoir couper le son, voir même couper l’activité de votre cerveau… si si, vous pouvez ! Après une journée d’efforts surhumains et de concentration soutenue, votre cerveau ne sera plus bon à rien et vous le fera savoir en faisant grève (c’est bien français ça !). Les gens autour de vous pourront vous parler, votre cerveau ne fera plus aucun effort pour comprendre, vous serez noyé dans un bruit ambiant qui vous rappelle vaguement quelques notions d’Anglais, incapable de faire le tri et encore moins de parler… « yes, me very pfffff » = « Oui, je suis complètement crevé ».

Vous ne pourrez plus discuter avec quelqu’un tout en écoutant la conversation de vos voisins… Vous pouviez le faire en France… Ici, vous vous concentrerez péniblement sur la personne en face de vous et le reste de monde s’arrêtera de tourner. Je ne parle même pas de regarder la télé, aller au cinéma ou n’importe quelle autre activité qui demande une attention soutenue, votre cerveau sera saturé et fatigué à la fin d’une journée et aura besoin de dégorger. Donc, allez vous coucher et reprenez des forces, parce que le lendemain… ça recommence !

50 de QI

Comme vous n’allez pas pouvoir expliquer la profondeur de votre pensée, vous tournerez autour du pot, vous vous embarquerez dans des discussions sans queue ni tête et vous laisserez tomber tout semblant de conversation par dépit (voir « un train de retard » et « clair, net et concis »).

Ne soyez pas surpris si au bout de quelques mois, lorsque vous serez devenu le superman de la langue anglaise, certaines personnes, que vous côtoyez depuis le début, vous félicitent pour votre esprit, votre sens de la répartie, votre culture générale. Vous saviez déjà que vous n’étiez pas bête même avant d’être le superman de la langue anglaise… mais pas eux ! Eux ont toujours cru que vous aviez 50 de QI !

L’erreur à éviter

La plus commune erreur à éviter lors des premiers mois d’adaptation, c’est l’humour. N’en déplaise à tous les petits rigolos, vous ferez chou blanc avec vos vannes. L’humour est un fait de société et demande une connaissance de la culture pour pouvoir faire son petit effet. Je vous conseille fortement de bannir tout essai de blague tant que vous ne serez pas suffisamment agile avec la langue et suffisamment à l’aise avec la culture. J’en ai des souvenirs encore cuisants et je préfère vous prévenir que « Le Père Noël est une ordure » n’a jamais dépassé nos frontières, donc « ça dépend », ne dépasse pas toujours.

Superman a des faiblesses dans sa langue natale !

Ca devait arriver un jour, vous êtes superman et la langue anglaise n’a plus de secret pour vous. Votre cerveau jongle entre Français et Anglais avec une aisance insoupçonnée, vous arrivez à utiliser et mémoriser du nouveau vocabulaire chaque jour, vos phrases deviennent structurées et cohérentes… Ce n’est pas un miracle, c’est de l’immersion !

Le revers de la médaille est que vous allez commencer à cafouiller côté Français. « Je travaille sur le North Shore, mais c’est cool parce que je traverse le bridge off peak » - « elle l’a quitté parce qu’il se comittait pas » - « je ne peux pas venir parce que suis full, j’ai plein de stuff à faire » - « j’étais vachement désappointée qu’il ne vienne pas »….

Attendez-vous donc Ă  quelques moqueries lorsque vous serez de retour en France.

Anne-Sophie

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