Le cinéma et le monde maori

whale rider

Whale Rider (paï en français), succès du cinéma maori

Pour toutes celles et tous ceux qui pensaient que le cinéma Néo-Zélandais se résumait ces dernières années à une grosse superproduction à l’américaine adaptée d’un best-seller anglais des années 50. Pour celles et ceux qui ne voyaient dans l’imaginaire kiwi qu’un amas d’Elfs, de trolls et de nains hirsutes. Pour celles et ceux enfin qui envisagent encore d’investir dans une place de ciné sans en exiger 45 minutes de combats et d’effets spéciaux, j’ai une alternative : Whale rider de Niki Caro  sorti en 2003.

Bien que pur produit Néo-Zélandais, Whale rider est à l’opposé de l’opéra en trois actes de Peter Jackson, il tire toute sa force et sa richesse de son extrême simplicité et de son élégante sobriété.

Simple, le scénario. On peut le résumer, sans lui faire trop injure, aux thèmes souvent exploités du conflit des générations et du poids de la tradition dans la société moderne. Thèmes auxquels les auteurs ont ajouté un parfum de légende et de destinée. En résumé, grand-papa est chef de tribu Maori et gardien de la tradition ; selon la légende, un prochain chef de tribu doit venir au monde qui sera un grand leader (sous entendu, un mâle) ; pas de bol, grand papa a une petite fille, donc, recherche leader désespérément.

Et là vous devez penser : « Oh la la ! Ca sent le réchauffé tout cela. Et puis niveau légende et destinée, le Seigneurs des Anneaux nous a assez bien servi. Quant au conflit de génération, les arbres multi-centenaires qui mettent une peignée aux orcs nés de la dernière boue, c’est quand même autre chose ! »

Oui, mais non. Dans Whale Rider tout est servi avec une grande finesse et surtout, tout le film se déroule exclusivement au sein de la société Maori. Ce qui personnellement, et assez paradoxalement j’en conviens, m’a procuré un univers beaucoup plus riche à découvrir que le cadre, somme toute devenu assez classique aujourd’hui, des donjons et dragons de Tolkien. Ici, la légende est d’autant plus puissante qu’elle se mêle à la réalité. Le mythe s’inscrit progressivement dans le quotidien et l’histoire nous balade doucement aux frontière des mondes du réel, de l’onirique et du légendaire. Un régal.

Sobre, le jeu des acteurs. Oubliez l’actor studio. Tous les roles sont joués avec peu de mouvements et beaucoup d’efficacité. Pas de grands moulinets avec les bras (c’est vrai aussi qu’il y a beaucoup moins d’épées). Les acteurs sont naturels, charmants, en un mot, humains. Tant est si bien que tout au long du film, on suit cette ravissante petite famille où chacun est identifiable : La gamine adorable, le papa gentil mais absent, le tonton nounours et rigolo, la grand-mère qui console et le grand-père sévère au cœur tendre. Les dialogues et les silences sont justes. Chaque personnage est superbement interprété et pourtant pas un seul n’est en image de synthèse (à confirmer pour les plans avec les baleines).

Sobre, la photographie. Les grands plans facon calendriers des postes de Peter Jackson sont ici remplacés par des cadres aux dimensions plus humaines, pourtant c’est bien notre pays d’acceuil et c’est superbe. A noter que tant au niveau de la mise en scène, que de la photographie ou de l’interprétation, j’ai trouvé pas mal de similitudes avec le cinéma japonais moderne (à la Takeshi Kitano par exemple). C’est vous dire si l’on est loin des débauches en tout genre du célèbre blockbuster national.

Bien sûr, comparer le Seigneur des anneaux et Whale Rider n’a aucun sens. C’est mettre en parallèle Besson et Pialat, Maître Kanter et Marc Veyrat. En fait les deux films sont tellement différents que je n’éprouve aucune difficulté à les adorer l’un ET l’autre. Cependant il semble assez difficile aujourd’hui en Nouvelle-Zélande de faire abstraction du film culte. Chaque kiwi en est tellement fier. A juste titre d’ailleurs. Mais il serait dommage de laisser l’arbre (multi-centenaire ou pas) nous cacher la forêt…

En résumé donc, pourquoi les frogs en NZ devraient aimer ce film:

  • Whale rider nous propose un univers à découvrir, peut-être plus difficilement accessible autrement, mais qui constitue néanmoins la moitié de la culture kiwi: Les Maoris.
  • -Whale rider est interprété avec sensibilité et justesse, sans excès de paroles et avec des non-dits qui n’en racontent pas moins, dans un style de cinéma plus européen (donc plus francais) qu’américain.
  • Whale rider EST tout public. J’entends par là que, contrairement à la communauté de l’anneau, ce film ne s’adresse pas qu’à la génération Starwars et il peut être apprécié même par des personnes de plus de… mmm, disons…35 ans.
  • Whale rider nous offre une version originale facilement compréhensible. Pas besoin de doctorat d’anglais classique ni de rudiments de langues elfiques. Du kiwi de la vie de tout les jours, et Mr Jobert mon prof d’anglais de terminale aurait même vu là un excellent exercice pratique. Cerise sur le gâteau : lors des 2 ou 3 phrases prononcées en Maori sans sous-titrage, on se délectera de demander la traduction au pakeha (Kiwi d’ascendance européenne) assis à côté de soi pour s’entendre répondre « hey man, ‘got no idea ‘bout this, hey »
  • Whale rider permet enfin de parler d’autre chose que la sacro-sainte trilogie suscitée quand la conversation s’engage sur le thème du cinéma Néo-Zélandais, et accessoirement parce que c’est le film qui fait le plus d’entrée en salle en ce moment.

En un mot enfin, parce que si Whale rider m’a fait rire, m’a ému, et m’a fasciné, ainsi que beaucoup d’autres spectateurs, il y a peu de raison qu’il en soit autrement pour vous…
Alain de Wellington

Once Were Warriors" (L'âme des guerriers, en français)

once were warriors

Un film de Lee Tamahori sorti en 1994. La famille Heke vit dans les quartiers pauvres d'Auckland où la population à majorité maorie compte beaucoup de sans emplois.
Jake Heke  (Temuera Morrison) est un homme violent et alcoolique qui bat sa femme Beth (Rena Owen) lors de ses multiples accès de folie encouragés par une vie d'alcoolisme et de désoeuvrement. Beth, elle-même prisonnière de l'alcool et de la violence, devra lutter envers et contre tout pour sortir de cette spirale infernale, retrouver ses racines et se défaire de cette homme qui la détruit, elle et ses enfants.

Ce film avait marqué mon été 1994 et, 10 ans plus tard, me fait poser le pied en Nouvelle-Zélande. Un film d'une dureté extrème sur la violence conjugale et malheureusement reflet d'une triste réalité dans une partie de la Nouvelle-zélande, comme partout où les hommes sont en perte d'identité et d'espoir. Une oeuvre forte qui traite le sujet de la perte de repère de la population maorie avec talent et une mise en scène de grande qualité.

L'adaptation de l'oeuvre d'Alan Duff  est une réussite total. Un état de grâce que peu de films atteignent.

Les acteurs sont tout simplement impeccables, pour la plupart peu connus ou absolument inconnus avant ce film. Lee tamahori  fit un long travail de recherche afin de rassembler un casting d'acteurs maoris digne de ce nom. Ce film lança la carrière internationale de Temuara Morisson  et de Rena Owen . Il permit aussi de voir un Cliff Curtis déjà établit comme acteur dans un rôle de composition assez magnifique et à la hauteur de son talent (l'infame Oncle Bully). Mais le joyaux de cette distribution reste à mes yeux Mamaengaroa Kerr-Bell , inoubliable Grace Heke, diamant de pureté dans ce monde de violence. Sa carrière restera cependant limitée en Nouvelle-Zélande à la TV et à la scène.

Malheureusement, ce coup de maître reste à ce jour le seul de Lee Tamahori qui c'est perdu dans les lumières d'Hollywood. Espérons que le chant de ses ancêtres le ramène un jour vers Aotearoa !

Le film est disponible en DVD Z1, Z2 et Z4. Je conseille aux anglophones le DVD Z4, le plus complet de tous. Un nombre de bonus important et très interessant forment ce DVD :

  • Clips des chansons du film
  • International trailer
  • Interview des acteurs (Temuera Morrison et Rena Owen)
  • le commentaire audio de Lee Tamahori (d'un véritable intêret)

Pour les autres, le DVD Z2 qui est composé de l'âme des guerriers 1 et 2 est tout à fait suffisant. Un grand film à posséder dans votre collection.

"Her Majesty", un conte familial

her majesty

Un film de 2005, réalisé par l'américain Mark J. Gordon , qui n'avait jamais posé le pied en Nouvelle-Zélande avant de tourner, fut primé à de nombreuses occasions dans des festivals de cinéma d'auteur à travers le monde. Sa fascination pour la Nouvelle-Zélande est ancienne avant qu'il ne tombe sur un vieil article relatant le tour de Nouvelle-Zélande réalisé par la Reine Elisabeth II en 1953. Il imagine alors cette histoire...

« 1953, Nouvelle-Zélande, Elisabeth Wakefiel est une jeune fille de 13 ans qui a un rêve : que la toute récemment couronné Reine Elisabeth visite sa petite ville du comté de Waikato lors de son passage au pays. Elle écrit donc une lettre à Buckingham chaque jour et demande que Middleton face partie de l’itinéraire de la reine. Le comité local prend le contrôle de l’organisation des festivités et décide que Hira Mata, une vielle femme maorie avec de bonne raison d’en vouloir à la monarchie britannique, doit quitter la ville. Elisabeth va faire son possible pour aider sa nouvelle amie à échapper aux plans du comité. Un lien fort va alors se créer entre cette jeune descendante d’immigrant et cette vieille femme issue du peuple maori. »

Un vrai petit moment de bonheur. Il débute tranquillement avec le rêve d'une petite fille et se transforme doucement vers un travail de mémoire sur la Nouvelle-Zélande, sur le racisme envers les maori et les actes qui ont eux lieu durant la colonisation.

Mais il apporte aussi un message d’espoir. Il parle du mélange de culture inévitable qui permet l'émergence d'un peuple et d'une culture commune, le "kiwiana" (la "kiwicité" si on peut dire).

Au niveau cinématographique, le film est de grande qualité. La photographie nous dévoile une Nouvelle-Zélande qui a revêtu son plus beau costume (ici, Cambridge et Helensville). Les acteurs sont eux aussi au diapason avec la toujours fabuleuse Vicky Haughton (inoubliable grand-mère de Paï dans Whale Rider) et la toute jeune et formidable Sally Andrews qui est le véritable rayon de soleil de l'oeuvre.

Le réalisateur Mark J. Gordon filme son histoire avec panache et simplicité à la fois et nous fais voyager avec plaisir dans la Nouvelle-Zélande des années cinquante.

A voir absolument !

Bande annonce sur www.hermajestythemovie.com

"Crooked Earth", un film choc sur les défis du monde maori moderne

crooked earth

Un film de Sam Pillsbur, avec le célèbre Temuera Morrison dans le rôle de Will Bastion, sorti en 2000.

L'histoire : "Will Bastion retourne au pays après 20 ans passés dans l’armée Néo-Zélandaise afin d’assister à l’enterrement de son père. Celui-ci lui a laissé le « Patu » en jade, symbole du chef de la communauté, mais il n’en veut pas car c’est pour lui le symbole de la violence à laquelle il a tourné le dos. Kahu, le frère cadet de Will a, quand à lui, choisi la voie de la violence pour récupérer les terres spoliées par les blancs et faire fructifier son empire de la drogue. Le gouvernement et la fille de Will, Ripeka, viendront mêler les cartes dans l’inévitable confrontation entre les deux frères, ou tradition et fierté s’entrechoquent."

Un joli film, malheureusement tiré vers le bas par un scénario beaucoup trop confus. Ne choisissant jamais sa voie entre film sur le trafic de drogue où sur la tradition maorie, l’histoire perd en clarté.

Cependant, une mise en scène tout à fait respectable et des acteurs plus qu’excellents tels que Temuera Morrison (L’âme des guerriers, Mataku, La Guerre des Etoiles épisode 2) et Lawrence Makoare (L’âme des guerriers 2, Mataku, le Seigneur des Anneaux) permet d’offrir durant 1h45 un spectacle tout à fait acceptable. D’autre part, la péninsule de Coromandel sert de décor majestueux à cette lutte fratricide.

Un film à voir pour les amateurs de culture maorie. La Bande Originale composée d’artistes maoris est aussi un bon CD à se procurer pour se rappeler la Nouvelle Zélande.

Thomas

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